‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 35 sur 194 · BEAUTES EXOTIQUES · texte numérisé non relu

BEAUTES EXOTIQUES

l'on voulait connaître les machines de tous les pays, on suivait le cercle consacré aux machines. Si Ton voulait connaître l'industrie anglaise, ou allemande, on parcourait le rayon de l'ellipse où elle s'abritait.

Dans le cercle de la métallurgie, à l'une des principales entrées se voyait le canon monstre de Krupp; un peu plus loin la machine qui prenait une peau de lapin et qui la rendait confectionnée en chapeau de feutre, prêt à être porté.

Les pourtours extérieurs de l'ellipse donnant sur le Ghamp-de-Mars transformé en jardin, étaient remplis de restaurants, de bars, de cafés de tous les pays du globe, servis par des femmes en costume national, d'un exotisme peut-être douteux, mais fort jolies. Ainsi le bar anglais offrait, en dehors des drinks les plus variés, une série de miss au teint éclatant et à la chevelure opulente autant que blonde. Plus loin, c'étaient des Hollandaises au casque d'or et au corsage bien garni. Là des Espagnoles en boléro ou des Italiennes avec des yeux en amandes et des cheveux de jais. Des Grecques, des Égyptiennes, des Indiennes, des Chinoises, des négresses ; tous les peuples étaient représentés d'une façon agréable et alléchante.

Dans le jardin, autour du grand bâtiment elliptique, des chalets, des palais, des villages, des labyrinthes, des bosquets, des parterres. Là un temple égyptien avec son allée de sphinx — ils ornent aujourd'hui la villa de M. Sardou à Marly. — Là une pagode, ici une isba, et encore des restaurants et des tavernes. Dans l'une d'elles on venait déguster la bière de Pilsen et entendre les tziganes : les premiers que l'on vit dans la capitale. Depuis, ils sont devenus fastidieux : mais

alors ils firent révolution. Quoique peu musicien, le maréchal Canrobert parlait encore, vingt ans après, de l'effet que lui avait produit leur musique endiablée. En vérité, leurs czardas et la marche de Rakoczi — qu'ils jouaient sans cesse, agissaient sur les nerfs, et beaucoup de leurs auditeurs étaient grisés comme s'ils avaient bu des boissons fermentées.

Le roi de Grèce fut le premier à venir visiter l'exposition : tout jeune, il parut timide et fit peu d'impression sur le maréchal. Quelques jours après, le roi et la reine des Belges étaient nos hôtes ainsi que le prince royal de Prusse et la princesse qui devaient être l'empereur et l'impératrice Frédéric III. Alors eut lieu chez le prince et la princesse de Metternich le premier des bals dont on a tant parlé. Peut-être fut-il surpassé par la suite, mais comme il ouvrait la série, il frappa davantage les imaginations, et ses détails restèrent mieux gravés dans la mémoire du maréchal Canrobert.

C'était le 29 mai : l'ambassadrice, avec sa grâce incomparable et toujours spirituelle, et sa jolie laideur, avait, véritable fée, d'un coup de sa baguette, créé un palais tout tendu de satin jaune qu'éclairaient des milliers et des milliers de bougies etque décoraient des massifs de roses.

Dans la foule des invités on distinguait le roi des Belges à sa grande taille, son grand nez, sa grande barbe; avec son épée qui lui battait dans les jambes, il avait l'air d'un fonctionnaire qui met son uniforme sans savoir le porter. Le prince de Prusse, admirablement beau, fut simple et naturel. La princesse sembla triste et ses hôtes ne surent à quoi attribuer cette mauvaise humeur. Les princes se mouvaient dans une foule

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