IV
82 CANROBEKT
Un matin, à peu près à l'époque où avait lieu le concours de musique, l'Impératrice fit mander le maréchal Ganrobert aux Tuileries. L'Impératrice, en costume très simple, était à son petit bureau occupée à écrire lorsque le maréchal se présenta à elle.
De suite elle lui dit qu'elle avait pensé à exciter le patriotisme, et qu'elle désirait que dans chaque village a on conservât la mémoire d'un simple soldat mort au champ d'honneur ; une rue ou une place porterait son nom, et dans l'école, une plaque en marbre transmettrait aux générations futures le récit de l'action d'éclat qui lui aurait donné le droit d'avoir son monument... » « Ainsi, ajouta-t-elle, on réveillerait par cet exemple, quelquefois oublié, et cet hommage public, l'enthousiasme des générations suivantes, et leur dévouement au drapeau... » En parlant, l'Impératrice s'était peu à peu excitée, et elle prononça ces dernières paroles avec une réelle exaltation.
Interrogé pour donner son avis, le maréchal approuva et déclara le ministre de la Guerre désigné pour trouver le moyen de réaliser les vœux de la souveraine.
L'Impératrice parut satisfaite et congédia le maréchal qui n'entendit plus jamais parler de ce projet.
Tout le mois de mai on discuta sur la venue de l'empereur de Russie et du roi de Prusse et le maréchal Ganrobert fut tenu au courant des négociations fort délicates auxquelles donna lieu leur visite.
On tenait beaucoup aux Tuileries à posséder l'Empereur de Russie et on eût désiré au contraire que le roi de Prusse déclinât son invitation, et ce qu'on ne voulait surtout pas, c'est que ces deux souverains vinssent en-