‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 39 sur 194 · L'ONCLE ET LE NEVEU · texte numérisé non relu

L'ONCLE ET LE NEVEU

semble : or, c'est justementce que l'empereur de Russie et le roi de Prusse avaient secrètement décidé de faire. Aussi lorsqu'on le sut à Paris, l'émotion fut vive dans les hautes sphères, et l'Empereur écrivit ce petit mot à son ministre des Affaires étrangères :

I I mai 1867.

« Je vois par la dépêche de ce soir que l'empereur de Russie doit venir à Paris avec le roi de Prusse. Il faut tâcher d'éviter que ces deux souverains viennent ensemble. Si on ne peut empêcher complètement le voyage du roi de Prusse, je vous prie de ne pas perdre un instant pour dire à M. de Budberg — ambassadeur de Russie à Paris — qu'autant l'empereur de Russie sera bien reçu s'il vient seul, autant son arrivée avec le roi de Prusse fera mauvais effet. Tâchez qu'il écrive immédiatement par le télégraphe à Pétersbourg. Tâchez enfin de faire de la diplomatie pour atteindre le but que je désire. Croyez, etc..

« Napoléon, m

A l'ambassade de France à Berlin, on cherchait aussi à empêcher le voyage du roi Guillaume, pour lequel on redoutait un accueil peu aimable de la part des Parisiens. « Le voyage du roi de Prusse, écrivait notre chargé d'affaires, M. Lefevre de Béhaine, semble téméraire, inconvenant, invraisemblable. Nous nous estimerons heureux, si à force de prévoyance la police empêche qu'il ne soit hué. »

Mais rien n'y fit : l'oncle et le neveu étaient irrévocablement décidés.

En conséquence, le programme du séjour de l'empereur Alexandre II fut ainsi réglé et communiqué tel que le voici, au maréchal Canrobert :

1er juin. — Samedi : Arrivée.

2 — Dimanche : Courses. Grand dîner.

3 — Lundi : Repos.

4 — Mardi : Dîner au corps diplomatique. Opéra.

5 — Mercredi : Bal à l'ambassade de Russie.

6 — Jeudi : Grande Revue.

7 — Vendredi : Repos.

8 Samedi : Bal à l'Hôtel de Ville.

9 — Dimanche : Grandes eaux à Versailles.

10 — Lundi : Grand bal aux Tuileries.

11 — Mardi : Fontainebleau. Départ.

L'empereur Alexandre II arriva en effet le jour

indiqué. A peine en France, il avait, de Strasbourg, envoyé un télégramme pour retenir, le soir même, une baignoire aux Variétés où l'on donnait La Grande- Duchesse de Gérolsiein qu'incarnait Hortense Schneider, alors dans toute sa beauté et son entrain.

On prétend qu'un jour, elle arriva à l'Exposition parla porte Rapp, superbement drapée dans un magnifique huit ressorts avec des laquais poudrés et qu'en entrant elle cria ces mots : « Grande-duchesse de Gérolstein » et qu'on l'avait laissée passer dans son équipage avec force saluts.

Dès sa descente du train, à la gare du Nord, le maréchal Canrobert fut frappé de la physionomie du Tzar qu'il avait vu deux ans auparavant. Alors il attribuait au chagrin causé par la maladie et la mort de son fils l'air de tristesse et d'ennui qui régnait sur sa figure; maintenant, il n'avait plus à en douter, cel

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