I,A GRANDE REVUE
Le lendemain de l'arrivée du roi de Prusse avait lieu la grande revue, la fameuse grande revue du 6 juin 18(>7 ; GO 000 hommes devaient y figurer.
Or, d'après les situations fournies le lendemain au maréchal Ganrobert, il y avait seulement paru M l()(J hommes de troupes, dont 11 611 de la garde impériale.
La revue se passa comme toutes les revues. Le bataillon des chasseurs à pied de la garde seul y avait des chassepots, qu'on lui avait remis pour les expériences de la graduation de la hausse.
Telle qu'elle était, l'armée française à ce moment avait l'aspect un peu « clinquant. » Les brandebourgs étriqués des grenadiers et voltigeurs de la garde, les shakos à aigrettes de crins et les tuniques écourtées de la ligne avec des molletières jaunes donnaient une impression de costumes de théâtre plutôt que de vêtements de guerre. Mais en masse ces mièvreries se perdaient, on ne voyait plus que les mille couleurs des uniformes variés à l'infini et qui laissaient supposer la présence d'un bien plus grand nombre d'hommes qu'il n y en avait en réalité.
De là est née cette légende que 60 000 hommes se trouvaient là réunis.
Napoléon III était au centre de l'état-major, ayant à sa droite Alexandre II et à sa gauche Guillaume Ier. Quand la revue fut finie, le maréchal Ganrobert vint saluer les souverains. Napoléon III le remercia simplement, Alexandre 11 lui dit quelques mots d'une politesse banale, puis Guillaume, s'approchant, souriant et affable, mais droit et raicle comme s'il allait à son tour lancer un commandement dune voix bien
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distincte, lui dit : « Je suis un soldat, et quand j'ai vu ces magnifiques troupes, j'ai ressenti une joie immense: je vous en remercie » , et il tendit la main au maréchal. Puis durant quelques minutes les souverains et les princes causèrent avant de descendre de cheval. Le maréchal Ganrobert entendit alors l'empereur de Russie dire au maréchal de Mac-Mahon, qui était accompagné d'un chef arabe. « Quel est cet arabe? Qu'il est beau! Jamais chez les Circassiens je n'ai vu si merveilleux cavalier et d'allures aussi nobles? » — « Il se nomme Ali-Bey, il est caïd de Tuggurt, c'est le descendant de chefs qui depuis des siècles régnaient sur une oasis du désert. »
Ces souverains, princes, maréchaux et généraux et simples spectateurs, accourus par centaines de mille, s'occupèrent chacun de leur côté de regagner leurs pénates.
Le maréchal Ganrobert, suivi de son état-major, était arrivé à la porte du Bois (porte Dauphine, entrée de l'Avenue de l'Impératrice) et il était descendu de cheval ainsi que ses officiers, et causait avec eux, lorsqu'un officier de la garde municipale, arrivant au galop, vint lui annoncer qu'on venait de tirer sur la voiture où se trouvaient les deux Empereurs : heureusement personne n'était atteint. En un instant, le maréchal fut en selle et enfila d'un seul trait de galop l'avenue des cavaliers jusqu'à l'Arc de Triomphe; de là, il se faufila le plus rapidement qu'il put à travers les voitures et arriva aux Tuileries où l'on attendait l'Empereur. Quelques minutes après, le souverain rentrait après avoir été reconduire son hôte, l'empereur Alexandre II à l'ÉIvcéc.