‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 42 sur 194 · ATTENTAT CONTRE LES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

ATTENTAT CONTRE LES SOUVERAINS

Napoléon III, très calme, remercia le maréchal Ganrobert et les quelques personnes encore peu nombreuses qui, aussitôt prévenues, s'étaient rendues aux Tuileries, mais il demeura peu prolixe de renseignements. De minute en minute arrivaient de nombreux personnages et déjà le nombre des visiteurs était assez compact quand parmi la foule un mouvement se fit et M. Raimbeaux apparut. De suite l'Empereur le questionna. Voici de son récit et de celui d'autres témoins ce que l'on sut.

Le matin, l'Empereur avait fait appeler M. Raimbeaux avec M. de Bourgoing dans son cabinet : assis devant son bureau, il leur avait dit, en montrant le préfet de police, M. Piétri, debout au milieu de la pièce : « M. Piétri a quelque chose à vous dire. »

Les deux écuyers et le préfet de police étaient alors passés dans la pièce voisine. Là, le préfet avait exposé qu'il avait reçu l'avis du passage d'Angleterre en France de plusieurs Italiens enrôlés pour assassiner Napoléon III; donc, les deux écuyers qui seraient aux portières de la voiture auraient à faire attention.

On était exactement parti pour le Ghamp-de-Mars et tout s'était régulièrement passé à l'aller. Après la revue, l'empereur de Russie était monté le premier dans la voiture, s'y était assis à droite, l'Empereur à gauche, tandis que les deux grands-ducs, le futur Alexandre III et le grand-duc Vladimir, s'étaient placés sur le devant. La voiture était partie au trot, escortée par un peloton de cent-gardes et précédée de gardes de Paris qui faisaient faire place; à la portière de droite était le baron de Bourgoing; à celle de gauche, M. Raimbeaux.

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Quant à l'Impératrice, qui devait revenir avec le roi de Prusse, elle était restée quelque temps encore à causer dans la tribune avec ses invités.

Des tribunes jusqu'à la cascade, la voiture des deux Empereurs trouva le chemin libre, mais quand elle voulut prendre l'avenue des Acacias, il devint impossible d'avancer tant la foule était compacte. Aussitôt que les gardes municipaux apparurent aux yeux de cette masse de monde, la voiture impériale fut entourée de toutes parts et accueillie par les cris de : « Vive le Tsar! vive l'Empereur! » Des mouchoirs, des chapeaux volaient en l'air : tous ces gens joyeux gesticulaient, criaient, se poussant si bien que la presse augmentait sans cesse et que les gardes municipaux et les cent-gardes à cheval et les souverains dans la voiture étaient entourés de toutes parts sans pouvoir avancer : des gamins montaient sur les roues, les marchepieds, les ressorts, criant toujours : « Vive le Tsar! vive l'Empereur! » MM. de Bourgoing et Raimbeaux, serrés contre les deux portières, devenaient fort inquiets au milieu de cette foule : si un accident, un attentat s'était alors produit, il aurait été impossible de se retourner. La voiture demeurant immobile, au milieu de ce tohubohu, Napoléon III se leva et regarda : partout un océan de têtes à perte de vue; l'avenue des Acacias n'était plus qu'une masse noire, ondulante où un passage était impossible. Mais à droite, du côté de l'allée des Poteaux, la foule était moins compacte : « Tâchez de faire dire aux gardes municipaux et aux cent-gardes que nous allons prendre l'allée des Poteaux, « dit Napoléon à M. Raimbeaux. Celui-ci, de plus en plus pressé et inquiet, ne voulait pas quitter la portière,

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