M. RAIMBEAUX ET 1,K BEAU DUVAL 9J
mais en se retournant, il vit derrière lui le sous-lieutenant de cent-gardes Duval auquel les Parisiens, en raison de sa superbe prestance, avaient donné le surnom de « beau Duval. » « Tâchez de prévenir vos hommes de Tordre de l'Empereur » , lui dit-il, et Duval criant « gare! gare!... » parlementant avec cette foule sympathique et de bonne humeur, parvint à faire un passage en arrière où la voiture se retourna, partit au grand trot, et repassant à la cascade, prit à gauche et enfila l'allée des Poteaux.
Lorsque la foule vit la voiture s'éloigner et suivre une voie adjacente à celle où elle se tenait, elle se disloqua en milliers de groupes, qui, mus par un même sentiment, se jetèrent à travers bois, sautant les barrières, escaladant les buissons pour atteindre la nouvelle allée par où se dirigeait le cortège.
M. Raimbeaux, placé du côté où venait cette trombe, la regardait, et ses yeux s'arrêtèrent subitement sur un homme sans chapeau qui courait les deux mains jointes en avant comme s'il avait porté quelque chose de précieux.
Au milieu de ces milliers de tètes recouvertes de leur chapeau, celle qui était découverte l'avait frappé, aussi suivit-il attentivement cet individu qui courait droit sur la voiture. Quand il fut tout près, l'écuyer, convaincu que l'objet qu'il tenait était une bombe, poussa son cheval sur lui. Le choc renversa l'homme, mais une détonation avait retenti en même temps qu'un cri du côté opposé de la voiture. En un instant la foule, des sergents de ville, des gardes municipaux se précipitèrent sur l'homme à terre qui venait de tirer un coup de pistolet, tandis que de l'autre côté de l'allée,
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on ramassait et emportait une femme qui criait : elle avait été atteinte dune balle à la figure.
A la détonation, Napoléon 111 s'était levé. « Où y at-il des blessés? » et se tournant vers M. Raimbeaux, qui s'était recollé à la portière : « Vous? » — « Je n'ai rien, Sire. » — « Et vos hommes, dit encore l'Empereur au beau Duval qui s'était rapproché. » — « Personne, Sire. » — « Mais cette clame? » Un sergent de ville s'approcha : « C'est une légère blessure à la tète, cette dame est la femme d'un capitaine des gendarmes d'élite. » Alors, l'Empereur s'adressant au cocher : « Repartez» . Puis, voyant du sang sur les gants blancs du césarevitch : « Mais vous êtes blessé? » — « Non, Sire. » — « Et vous » , s'adressant au grand-duc Wladimir, « tâtez-vous » et les deux princes se tâtèrent : « Non, nous n'avons rien. Mais c'est M. Raimbeaux, il a sa culotte couverte de sang. » En même temps, les souverains, tournant la tête, virentle cheval de l'écuyer qui avaient les naseaux pleins de sang : « Descendez vite, votre cheval va tomber. » De nouveau, on s'arrêta. M. Raimbeaux sauta à terre, on examina son cheval : il avait deux balles dans le cou, il rendait beaucoup de sang et en trottant, il en avait envoyé quelques gouttes sur les gants du césarevitch. Alors on repartit, tandis que M. Raimbeaux chargeait un cent-garde de garder son cheval et de le ramener s'il pouvait marcher. C'était un alezan fort beau, déjà d'un certain âge, puisque l'Empereur l'avait acheté en 1858, à lord Cardigan, le héros de la charge de Balaclava.
Au moment de repartir l'Empereur aperçut à gauche une cohue de gens se bousculant, et au milieu desquels les culottes blanches et les plumets rouges des