‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 50 sur 194 · CRAINTES DE GUERRE AVEC L'ITALIE · texte numérisé non relu

CRAINTES DE GUERRE AVEC L'ITALIE

au maréchal Ganrobert qu'à 6 heures le ministre de la marine, l'amiral Rigault de Genouilly avait envoyé à l'amiral de Gueydon, commandant en chef de l'escadre d'évolution dans la Méditerranée, un télégramme des plus belliqueux : « L'Empereur compte que son escadre passera sur le ventre de tout ce qui s'opposerait à votre opération. » Ce pauvre Vimercati était tout à fait abattu. Il fallait absolument obtenir de l'Empereur quelque répit pour que le roi Victor-Emmanuel sût trouver a une combinazione » .

Le lendemain, il revenait encore voir son ancien chef de Palestro et de Magenta, il lui apprenait que le maréchal Niel était, au ministère de la guerre, aussi belliqueux que son collègue de la rue Royale. Il se souvenait sans doute que jeune colonel du génie au siège de Rome, en 1849, il avait été à Gaète porter au pape Pie IX les clefs de la ville après son occupation par les troupes françaises et il était des plus chauds pour recommencer une expédition à Rome. Le 26 octobre, il écrivait au maréchal de Mac-Mahon, gouverneur de l'Algérie : « Malgré nos efforts pour sauver le pape, sans avoir la guerre avec l'Italie, notre but ne sera peut-être pas atteint. Si la guerre éclate, il faudra une

armée d'Italie. Vous en auriez le commandement

Nul ne peut mieux que vous mener à bien cette affaire importune. L'Algérie devra fournir deux divisions. Vous devrez faire les mouvements nécessaires pour leur embarquement, qui aura lieu immédiatement si ça devenait nécessaire. »

Quarante-huit heures après, le 28, il revenait cette fois plein de confiance : le Roi donnait l'assurance que les troupes italiennes auraient Tordre de se tenir à dis-

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tance des nôtres; ainsi tout conflit devenait impossible.

« Toutefois, ajoutait-il, le maréchal INiel ne croit guère à ces assurances puisqu'il télégraphie au général de Failly qui commande le corps expéditionnaire français à Rome. Je vous transmets cet avis, sans y avoir entière confiance. »

Puis deux jours plus tard, le 30 octobre, il annonçait que tout était arrangé maintenant, que le ciel bleu avait reparu et que le maréchal Niel lui-même était revenu à de meilleurs sentiments et avait écrit au maréchal de Mac-Mahon une lettre annulant celle où il lui annonçait le commandement en chef de l'armée française en Italie.

Mais comment le comte Vimercati était-il si bien informé? Le maréchal Canrobert, qui avait déjà constaté qu'au moment de Sadowa comme lors de la rétrocession de la Vénétie il avait connaissance jusque dans les moindres détails des secrets de T Empereur et des projets les plus cachés des ministres, n'en revenait pas : et cependant il fallait se rendre à l'évidence, rien de ce qui se faisait ou se décidait aux Tuileries n'était ignoré de lui.

A Paris, on était très partagé sur l'opportunité ou le danger d'une expédition à Rome. Le maréchal Canrobert, qui avait voué au roi Victor-Emmanuel une sincère amitié, regrettait ces malentendus, en souffrait beaucoup : il considérait que l'Italie était, par le fait même de son existence qu'elle nous devait, notre alliée et qu'une rupture avec elle était la chose la plus fâcheuse qui pût se produire en présence de l'attitude de la Prusse.

Ami de Victor-Emmanuel, il avait peu de goût pour

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