‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 51 sur 194 · EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH · texte numérisé non relu

EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH

l'empereur François-Joseph el n'eut avec lui que les rapports officiels auxquels sa situation l'obligeait.

Le gros public voyait en ce souverain le vaincu de Sadowa, il le croyait profondément ulcéré, il lui prêtait des sentiments de vengeance impatiemment retenus; il se persuadait que dans son cœur ne battait que l'idée de la revanche et que son âme, avec une noble fierté, aspirait à saisir l'occasion de reprendre en Allemagne la première place; aussi l'acclamait-on, convaincu que des intérêts et des sentiments communs l'unissaient à nous et que nos armées et les siennes combattraient côte à côte un ennemi commun. On croit à ce que Ton souhaite, on prête aux autres ses propres pensées, ainsi faisait la masse des Français vis-à-vis de François-Joseph.

Les officiers et les personnes qui eurent l'occasion de l'approcher et de lui être attachés ne partagèrent pas ces sentiments et ne se firent pas une haute idée de sa valeur et de son caractère; il leur parut peu intelligent, indifférent à tout et taciturne! Grand, bien tourné, il était tout en façade.

Certain jour, après une visite écourtée à une princesse, place Vendôme, l'empereur d'Autriche se trouva avoir une heure devant lui; laide de camp qui l'accompagnait lui proposa de rentrer à pied à l'Elysée par la rue de la Paix et les boulevards, où il verrait tous les magasins aux lumières. L'Empereur accepta et partit aussitôt, arpentant les trottoirs à grandes enjambées, sans rien regarder, ni prononcer un mot : « un vrai automate » , disait un des officiers qui le suivaient.

A l'Exposition, quand il y allait, il faisait de même : iv. 8

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il suivait religieusement l'itinéraire qu'on lui avait tracé, ne regardant rien, ne parlant pas, semant sa suite, tant il arpentait vite.

Quant aux officiers autrichiens attachés à son service, ils répétaient à tout propos comme un mot d'ordre : « Ce sera bien intéressant de voir la France et la Prusse aux prises l'une contre l'autre. »

A ce moment il n'était pas encore question d'alliance : le premier ami de la France qui commença les négociations que l'Autriche, l'Italie et les différents gouvernements de la France depuis 1870 eurent tant d'intérêt à cacher, fut le général Tiirr : il en posa les grandes lignes à Paris le 31 décembre L868; depuis, MM. de Beust, les comtes Vimercati et Vitzthum en furent les agents actifs, surtout le comte Vimercati qui déploya une activité et une ressource inouïes pour aboutir : encore à Metz, en août 1870, il cherchait à obtenir la signature de Napoléon III au bas d'un arrangement avec l'Italie et l'Autriche.

Hélas! il fallait être aveugle pour refuser. Et cependant, en septembre 1869 comme en juillet et en août 1870, ce fut le gouvernement français qui refusa de signer l'alliance que demandaient l'Autriche et l'Italie et que promettaient leurs souverains.

Quos vult perdere Jupiter démontât.

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