MALADIE DE NAPOLEON III
les tortures les plus terribles que supporte l'homme; il a eu une crise ces jours derniers, et pour calmer ses souffrances intolérables qui le font se tordre comme un ver et pousser des cris perçants, on lui a administré de l'extrait thébaïque, calmant à base d'opium : il en a absorbé une grande quantité, ce qui lui a calmé ses douleurs, mais lui a donné un sommeil vague, coupé de réveils où il ne reprend plus conscience : à plusieurs reprises, il a demandé des nouvelles du maréchal de Saint-Arnaud, mort depuis quinze ans : aux questions qui lui ont été posées par les médecins et ceux qui l'approchaient, il n'a pas répondu ou bien a divagué. On le croyait en délire ou en coma; même, autour de l'Impératrice, on parlait d'agonie. Le docteur Fauvel est resté la nuit précédente au château en compagnie des médecins ordinaires; toute la journée d'autres médecins ont été appelés; on les a fait entrer par des portes dérobées ! et ils sont venus dans des voitures du château pour que leurs cochers ne puissent causer.
Parmi les familiers,, on fait un rapprochement entre la présence du docteur Kelius, et la commande d'un lit aux matelas de caoutchouc qu'on remplit d'eau pour que toutes les parties du corps reposent à l'aise, et l'on en conclut à une opération.
L'inquiétude règne dans tout le château et chez tous elle se traduit par un réel chagrin, parce que Napoléon III est aimé de ceux qui l'approchent; toutefois tandis que chez les chambellans et les hauts personnages, les sentiments du cœur sont mélangés de la crainte d'un changement de position et de l'inconnu dans lequel les jetterait la mort de l'Empereur, chez les petits c'est une franche et profonde douleur, sans
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mélange de pensées intéressées. Quand le maréchal s'en allant gagne sa voiture, l'huissier qui raccompagne et le gardien de service au perron, qui tous deux portent la médaille de Crimée, s'approchent et l'interrogent : « Nous le garderons, n'est-ce pas, monsieur le maréchal! lui disent-ils, il est si bon pour nous. Oh! nous l'aimons tous... » Le maréchal était encore ému de l'expression de ces braves gens en me racontant ces détails.
Le 6 septembre le bruit de la maladie de l'Empereur se répandait dans Paris, et de là dans toutes les capitales. On disait qu'il n'avait pas pu recevoir le maréchal Prim malgré qu'il eût d'importantes questions à débattre avec lui; on répétait aussi que le départ de l'Impératrice pour l'inauguration du canal de Suez était retardée. Aussi à Paris l'inquiétude grandit, et à la Bourse ce fut un affolement et une culbute générale des valeurs : dans les capitales, il vint une foule de personnes chez les ambassadeurs demander des nouvelles. « Vienne est très agitée, très bouleversée par les mauvaises nouvelles que l'on répand depuis hier soir sur la santé de l'Empereur, écrivait le duc de Gramont, le 7 septembre : plus de vingt personnes sont passées à l'ambassade hier soir pour savoir à quoi s'en tenir... Dans tous les cas, je vous serais personnellement reconnaissant si vous vouliez bien me dire pour moimême la vraie véiité, parce que je suis dans un état d'ignorance qui m'est fort pénible. »
Et de Berlin et de Londres, MM. Benedetti et de La Valette écrivent à peu près dans les mêmes termes; ils n'en savaient pas plus que M. de Gramont.
Les ministres étaient des plus inquiets; quant à