DIGNITÉ DU MAHÉCHAL LE BOEUF
récrimination, sans chercher à se disculper des accusations que lancèrent contre lui les véritables coupables.
Quel contraste entre sa dignité et la conduite de ceux qui, après avoir demandé le désarmement du pays, et avoir été la cause réelle de nos malheurs en ont profité et en ont tiré honneurs, places, fortunes, ou ceux qui n'ont cessé de remplir le monde de leurs récriminations et de leurs justifications plus ou moins Causses destinées à rejeter sur les autres leurs propres fautes.
En arrivant au ministère, le général Le Bœuf commença la constitution permanente des divisions de la frontière, puis ordonna lesexpériences d'embarquement en chemin de fer et fit cesser les réunions ridicules et scandaleuses de la mobile telles que le parlement les avait décidées contre l'avis formel du maréchal Niel. Ces mesures étaient en cours d'exécution lorsque le ministère parlementaire du 2 janvier entra en fonctions.
Le maréchal Le Bœuf eût désiré se retirer. Les nouveaux ministres de même ne voulaient pas de lui, toute leur sympathie allant au général Trochu dont l'Empereur ne se souciait pas depuis qu'il avait appris à le connaître ; en conséquence, Napoléon III obligea le maréchal Le Bœuf à rester et les nouveaux ministres à le prendre parce qu'on pouvait avoir en son honnêteté et sa droiture une confiance entière.
Dans les milieux militaires, autour de l'Empereur, dans les bureaux de la rue Saint-Dominique, l'on disait que le général Trochu n'avait pu être ministre parce que, trop bavard, il eût discouru tout le temps et n'eût pas laissé à ses collègues, presque tous avocats ou orateurs diserts, le temps de parler assez longuement.
Ceux des nouveaux ministres qui étaient députés
avant 1869, depuis trois ans, n avaient eu, à la Chambre où ils siégeaient, qu'une seule idée : celle d'empêcher la mise en état de défense du pays : le Moniteur est plein de leurs discours éloquents, très éloquents, où ils combattent toutes les mesures provoquées par le maréchal Niel : réfection des fortifications, transformation de l'armement, fabrication des chassepots, etc. Et malheureusement leur éloquence entraînait la Chambre à repousser chacune de ces mesures indispensables. On est stupéfait, lorsqu'on lit leurs discours, de l'ignorance où ils étaient de la situation tant au point de vue militaire que diplomatique. Ainsi l'un d'eux affirmait à la tribune que les officiers de la landwehr, en Allemagne, étaient nommés à l'élection par leurs hommes. Un autre écrivait que lorsque « l'on désarmerait en France, le parlement prussien demanderait, comme le nôtre, pourquoi tant d hommes sous les armes et tant de dépenses stériles. » Et M. Benedetti et les nombreux officiers d'état-major, envoyés en mission en Allemagne, avaient beau affirmer que nos armements étaient les seuls moyens de persuasion effectifs sur l'esprit du comte de Bismarck et sur l'opinion publique à Berlin, le même ministre n'en revenait pas moins sans cesse dans sa correspondance sur cette idée.
Un autre accusait notre pays de « vouloir troubler la paix » ... « Le jour où la France, disait-il, ne prendra plus les allures guerrières, l'Allemagne saura contraindre son souverain à mettre bas les armes... »
Aujourd'hui on ne peut comprendre comment les ministres d'alors cherchaient à désarmer la France, lorsque la guerre était en perspective dans tous les esprits de l'un et de l'autre côté du Rhin. Comment,