M. DE BISMARCK INQUIET U
malgré les avertissements réitérés de tous nos agents et même ceux de la presse, car la Revue des Deux Mondes et le Temps d'alors sont pleins d'articles documentés sur l'armée allemande et sur l'état d'esprit de la cour, du parti militaire et du peuple, — ils ne s'aperçurent de rien de ce qui se passait le long de notre frontière?
Jl en résulta que lorsque M. de Bismarck nous vit bien engagés dans les mesures de désarmement, il prépara la mine qui devait éclater au moment propice.
M. de Bismarck, à la fin de 1869, commençant à être inquiet des préparatifs du maréchal Niel, mettait une sourdine à son arrogance : il attendait une occasion favorable. Les ministres du 2 janvier la lui offrirent comme il aurait pu la désirer, en désarmant d'une part, et en déclarant la guerre pour un motif qui n'existait pas et qui indisposa toute l'Europe contre nous.
Un des premiers actes du ministère parlementaire fut de lancer une proposition de désarmement aux puissances et, malgré le refus de la Prusse d'y répondre, de déposer ensuite un projet de loi diminuant le contingent annuel de 20,000 hommes.
L'Empereur, quoique sans cesse en proie à des crises néphrétiques, s'opposa tant qu'il put à ces mesures de désarmement. D'abord le 2 février 1870, il adressa une lettre fortement motivée à M. Daru, ministre des Affaires étrangères, pour le supplier de réfléchir et de ne plus se laisser aller à un acte aussi dangereux. Puis, comme malgré ses observations et ses prières les ministres étaient irrévocablement décidés, l'Empereur se décida à s'adresser aux députés et ta écrire à chacun d'eux une lettre les suppliant, comme il l'avait fait avec
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M. Daru, de ne pas voter la diminution du contingent proposée par lés ministres.
C'était anticonstitutionnel au plus haut chef que de voir un souverain conseiller aux députés de voter contre une proposition des ministres; aussi la lettre ne fut-elle pas envoyée. On la retrouva dans les papiers des Tuileries et on ne saurait trop la publier et en répéter les termes, tant elle fait éclater la justesse de vue de Napoléon 111 en regard de la cécité de ses ministres.
« Le budget de la guerre, écrivait l'Empereur aux députés, est toujours en butte aux attaques de ces esprits à courte vue qui, pour se donner un vernis de popularité, ne craignent pas de désorganiser notre armée sans alléger notablement les charges budgétaires.
« En 1865 les pouvoirs publics exercèrent une véritable pression sur les ministres afin d'obtenir des réductions...
« La conséquence de ces mesures fut désastreuse. La France ne put jouer un rôle digne d'elle au milieu des événements (Sadowa) et notre considération dans le monde s'en ressentit... Certes l'influence de la France fut assez forte pour arrêter le vainqueur aux portes de Vienne, mais sa voix eût été mieux écoutée si nous avions été prêts à faire la guerre. Aussi le sentiment national comprit bientôt le danger que notre pays avait couru en négligeant son armée, et une année s'était à peine écoulée depuis qu'on l'avait réduite pour économiser 5 ou 6 millions, que la Chambre votait 280 millions pour reformer nos cadres, perfectionner notre armement et mettre en état nos places fortes.
« Ainsi les réductions opérées en 1865 désorganisèrent nos forces sans procurer d'économies notables.
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Elles nous obligèrent, en face de l'Europe armée, à prendre une autre attitude que celle qui aurait convenu à la France.
«Mais il est des hommes auxquels l'expérience n'apprend rien... En présence de l'Allemagne qui peut mettre sur pied un million d'hommes exercés, on parle encore de réduire les cadres . Nous allons comparer l'armée française à l'armée de la Confédération du Nord et en présence de notre infériorité, on renoncera, nous en sommes convaincus, à affaiblir encore notre organisation militaire. »
Et le tableau que donne l'Empereur montre « que la Confédération du Nord, en dehors de l'Allemagne du Sud, a 900,000 hommes exercés à sa disposition.
« Que l'on compare... et que ion juge si ceux qui veulent encore réduire nos forces nationales sont bien éclairés sur les véritables inléiêts du pays! » termine l'Empereur.
Le maréchal Le Bœuf était aussi opposé que l'Empereur à une diminution de contingent : voici une note rédigée de sa main le 30 mars 1870 : « Aujourd'hui; en 1870, l'armée allemande possède 1,140,000 soldats exercés et disciplinés. Ce chiffre est irrécusable et ces troupes sont prêtes à entrer en campagne du jour au lendemain, car elles sont aussi mobilisables que possible. En regard et avec un contingent de 100,000 hommes, nous ne mettrons en ligne que 510,000 hommes... Ce chiffre de 510,000 hommes, peut-on l'affaiblir? Le gouvernement ne le pense pas. La réduction proposée abaisserait notre armée au chiffre de 473,000 hommes. Pouvons-nous diminuer nos forces militaires dans une telle proportion?
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— Non.
« La loi de 18f>8, conclut-il, avait pour but d'assurer une augmentation de forces à la France : augmentation reconnue indispensable par le Corps législatif luimême... Réduire nos forces et les ramener à ce qu'elles étaient avant la promulgation de la loi serait une contradiction et un danger. »
Devant la résolution irréductible de ses collègues, le général Le Bœuf voulut se retirer et il en parla à l'Empereur, mais celui-ci, malade, épuisé, le supplia tant, que par dévouementil céda et il eut tort : il aurait du, en se retirant, donner un avertissement au pays. Ses collègues ne cessaient de lui affirmer qu'ils étaientsans crainte et que « la guerre était pour longtemps ajournée » . Ces affirmations répétées, commentées avec éloquence, avaient fini par le persuader et « l'événement, a écrit, dans ses notes, le général Jarras, détermina chez lui une surexcitation fébrile qui troubla sa vue et faussa son jugement. »
Le maréchal Canrobert, durant les derniers jours de juin de 1870, alla conduire la maréchale à Vichy où elle devait faire une saison. Le soir du 28 juin, après l'avoir installée avec ses deux enfants, il rentra à Paris où il était le surlendemain et où il faisait manœuvrer des troupes toute la journée au camp de Saint-Maur. Ce jour-là, 30 juin 1870, avait lieu, au corps législatif, une séance fort importante à propos du contingent. «Je t'engage à lire le discours de M. Thiers — » écrivait-il le soir à la maréchale. Rn el'fet, la discussion avait porté sur la diminution de l'effectif. « Ne songez pas à réduire le contingent ni 1 effectif. Je vous en supplie au nom du pays, » s'était écrié M. Thiers, ce à