‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 57 sur 194 · DINER CHEZ M. SCHNEIDER · texte numérisé non relu

DINER CHEZ M. SCHNEIDER

quoi l'un des ministres avait répondu : « Si le gouvernement avait quelque inquiétude, il ne vous aurait pas proposé une réduction de 10,000 hommes sur le contingent. "

Le samedi 2 juillet, la Gazette de France annonçait le soir la candidature du prince Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne. Le maréchal n'eut pas sans doute connaissance de cette nouvelle, que du reste aucun journal ne reproduisit le dimanche 3 juillet. Dans sa lettre quotidienne à la maréchale, datée de ce jour, le maréchal Ganrobert parle de ses enfants, de la séance à la Chambre consacrée « à la pétition des princes d'Orléans pour rentrer en France » ; mais il n'y pas un mot de politique étrangère.

11 passa l'après-midi à Bonneuil chez ses cousins de Marbot et rentra dans la soirée pour dîner chez le président du Corps législatif, M. Schneider. « Le diner fut agréable : outre la famille Schneider, il y avait l'amiral Rigault de Genouilly, le maréchal Le Bœuf, E. de Girardin, le ministre de l'Intérieur et des Beaux-Arts, MM. Ghevandier de Valdrome et Maurice Richard et leurs femmes. » On parla un peu de la candidature; on considérait que ce n'était là qu'un bruit vague et point sérieux, on s'occupa beaucoup plus de la mort de Mme Achille Fould, veuve de l'ancien ministre, survenue la veille.

Le lendemain les journaux donnent tous la nouvelle de la candidature du prince Léopold de Hohenzollern au trône d Espagne, et le Constitutionnel, l'organe attitré du ministère, publie en première page un communiqué qui a été certainement rédigé par le gouvernement. Le maréchal envoie de suite le commissaire de iv. 9

130 CANROBEUT

police de la place de Paris, M. Lozé, savoir à côté, au ministère de la Justice, ce qu'il en est. Il revient très rassurant : le ministre, M. E. Ollivier, est allé en Camille passer toute la journée de la veille chez son ami M. Adelon à Villenouvette près d'Arpajon, pour assister au baptême dune cloche dont la jeune Mme E. Ollivier a été marraine. Son chef de cabinet M. Philis était avec lui, et dans la matinée, le prince Napoléon, sur le point de partir faire une croisière dans les mers du Nord, venu pour parler à son ami M. Ollivier, n'a trouvé à la chancellerie que le sous-chef du cabinet M. Tanon.

Cependant le maréchal veut être au courant, et il se rend à Saint-Gloud : « L'Empereur, quoique boitant, écrit-il le soir à la maréchale, m'a paru bien portant. Il m'a dit ne devoir aller cette année à aucune station thermale. J'ai trouvé à Saint-Gloud les ministres, MM. de Gramont et Ollivier que je suppose avoir été appelés en dehors des séances du conseil, pour causer de cette rumeur étrange et grave de l'élévation sur le trône d'Espagne du prince de Hohenzollern. Il ne me paraît pas possible que la Prusse nous enlace sur le Rhin et les Pyrénées. J'aime donc à croire que c'est un canard. Si le contraire était, je ne vois pas comment la France pourrait laisser faire. » (5 juillet) .

Le lendemain et les jours suivants, il continue à tenir la maréchale au courant.

« La question Hohenzollern, écrit-il le lendemain 6 juillet, a pris de graves proportions. Le garde des sceaux, à la réception duquel j'ai été hier, m'a paru envisager la question sous l'aspect le plus sérieux... » (6 juillet.)

« Mes prévisions sur la candidature Hohenzollern se

Page 1