CANDIDATURE HO H EN ZOLLERN
sont réalisées. La déclaration Gramont devant le Corps législatif ne peut manquer d'amener la guerre, si l'offre du maréchal Prim au prince de Hohenzollern est consacrée par les Gortès. La situation est donc dés grave, et tu dois voir que la Bourse l'a jugée ainsi. » (7 juillet.)
a Ici, les personnes que je vois sont très partagées davis. Les unes, et je suis du nombre, pensent qu'en présence de l'attitude prise par le gouvernement français et les députés, le roi Guillaume ne voudra pas se lancer dans une guerre dont le patriotisme allemand n'admet pas l'origine plus dynastique que nationale : il attendra, pour faire la guerre, la remise sur le tapis de questions purement allemandes et de nature à passionner les esprits.
a Quant au général Prim, il ne sera pas suivi par la nation espagnole dont les intérêts sont intimement liés à ceux de la France, sa seule voisine dans la bourse de laquelle elle est obligée de puiser, et le simple bon sens castillan soufflera sur ce projet d'un soldat plus ambitieux personnellement que politique habile.
h Les autres, au contraire, pensent que l'entente occulte des deux ministres prussien et espagnol, a pour but rabaissement matériel et moral de la France qui gêne leurs projets. «
a On ne peut se dissimuler l'inquiétude apportée par cette crise.
« Si la guerre éclatait — c'est peu probable — la France aurait immédiatement trois armées commandées par l'Empereur. Chacune des armées, selon toute apparence, seraient sous les ordres de Mac-Mahon, Canrobertet Bazaine... Aucun ordre n'est encore arrivé
du ministère pour les préparatifs à faire dans l'armée. Ne t'inquiète pas trop... » (8 juillet.)
Il est une raison pour que la guerre n'éclate pas et que le maréchal ne veut pas confier par lettre à la maréchale.
Le 8 juillet, après déjeuner, il a reçu la visite du général de Montebello, avec qui il est intime. Le général lui a raconté, en le priant de le garder pour lui, qu'il a rencontré dans la matinée le docteur Nélaton, qui a soigné, durant sa longue maladie, sa femme qu'il a perdue il y a six semaines : le chirurgien lui a parlé de l'incident Hohenzollern, et lui a dit : « Quant à supposer la guerre, c'est inadmissible. L'Empereur est malade, il lui serait impossible de monter à cheval, il y a eu une consultation et c'est sérieux. » Et le général de Montebello ajoute : « Ce que vient de me dire le docteur Nélaton m'explique pourquoi l'Impératrice, qui aimait beaucoup ma femme, quand elle venait la voir pendant sa maladie, s'arrangeait toujours pour arriver au moment des visites du docteur et avait avec lui de, longs apartés qui m'intriguaient, et dont je ne comprenais pas alors la raison : elle l'interrogeait sur l'état de santé de l'Empereur. »
Le 9 juillet, le maréchal Ganrobert était invité à déjeuner à Saint-Cloud. « C'était jour de conseil, et tous les ministres y étaient, écrit-il en rentrant : l'un d'eux m'a appris que la question Hohenzollern n'avait pas fait un pas, et l'Empereur lui-même a daigné me dire qu il attendait ce soir une communication du roi de Prusse que Benedetti n'avait pu voir qu'aujourd'hui... Les préparatifs se font au ministère, mais sur le papier, et les avis sont toujours très partagés. » (9 juillet 1870.)