‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 59 sur 194 · HÉSITATIONS · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS

Le 10, le comte Vimercati, l'agent secret et intime du roi Victor-Emmanuel qui, depuis un an, est chargé de conclure un traité d'alliance, en dehors de la diplomatie officielle, vient voir le maréchal. « Il ne croit pas à la guerre » , et le maréchal ajoute dans sa lettre : « Une singulière chose, c'est que les Gortès peuvent très bien ne pas nommer le prince de Hohenzollern et il faudrait alors que la Prusse et son Roi cherchassent un autre prétexte pour la déclarer. » Le maréchal ne croyait pas dire si juste : M. de Bismarck voulait la guerre, mais il ne se doutait pas que les ministres français lui fournissaient à ce moment même, et contre 1 avis de M. Benedetti, le prétexte qui était sur le point de lui échapper.

Le 1 1 juillet le maréchal résume ainsi la situation : « Nous n'avons reçu aucun ordre, mais tout est préparé aux ministères de la Guerre et de la Marine pour la formation des trois armées et de la réserve.

«J'aurai évidemment le commandement d'une des armées, s'il y a la guerre. L'Empereur serait généralissime et l'on prétend qu'il emmènerait son fils, ce qui paraît excessif.

« Le roi Guillaume se montre assez facile sur l'affaire Hohenzollern, mais il n'en est pas de même sur la mise en demeure qui lui est faite ; la guerre serait donc plus probable que la paix. Toutefois comme elle aurait des conséquences décisives pour chaque belligérant, on réfléchit beaucoup avant. »

Dans la soirée, le maréchal dîne seul avec ses deux nides de camp lorsqu'un cavalier apporte un pli : une dépêche chiffrée et confidentielle concernant des mesures préparatoires : « Que les généraux soient à

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leur poste : que l'on s'assure, en secret et en bourgeois, de la mise à jour des ordres d'appel. » Réellement si c'est aussi discrètement que l'on agit et si les mesures se résument à une simple vérification, la situation n'est pas grave. Ainsi pensent le maréchal et ses aides de camp.

Le lendemain (12 juillet) jusqu'au soir le maréchal n'apprend rien : » Il paraît, écrit-il à sa femme, que la réponse attendue est arrivée, et à l'heure qu'il est (une heure de l'après-midi), l'Empereur est aux Tuileries : — en ce moment de l'année les souverains habitaient Saint-Gloud — il ne peut manquer d'en sortir une décision qui sera connue ce soir.

A 6 h. 55 pour confirmer sa lettre il envoie ce télégramme à Vichy : « Ambassadeur d'Espagne reçu dépêche père Hohenzollern : fils renonce couronne d'Espagne : le duel est terminé pacifiquement. »

Après le dîner on annonce au maréchal la visite du général Desvaux commandant la cavalerie de la garde.

11 a été vice-gouverneur de l'Algérie quand le maréchal de Mac-Mahon en était le gouverneur et il est resté très lié avec lui; or le maréchal de Mac-Mahon a envoyé il y a huit jours d'Alger à Paris le colonel Gresley — depuis ministre de la Guerre — et actuellement chargé à Alger des affaires arabes. Le général Desvaux a dîné hier soir même avec le colonel Gresley au café d'Orsay — sur le quai au coin de la rue du Bac : ils ont longuement causé ; et le colonel Gresley a raconté qu'il avait vu l'Empereur et le maréchal Le Bœuf et qu'il tient d'eux que trois armées sont constituées sur le papier, pour prendre de suite l'offensive sur Mayence et Cologne, ou pour passer le Rhin au nord de Strasbourg et cou-

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