‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 60 sur 194 · LE DUEL TERMINÉ PACIFIQUEMENT · texte numérisé non relu

LE DUEL TERMINÉ PACIFIQUEMENT

per l'Allemagne du Nord des Etats du Sud, suivant que nous aurons ou nous n'aurons pas d'alliances ; mais tout ceci est vague. Au fond, l'impression du colonel Gresley est que l'Empereur ne croit pas à la guerre. Le général Desvaux ajoute que, ce matin même, il a été voir à 8 heures à l'école militaire, son chef direct, le maréchal Bazaine, commandant en chef de la garde impériale et il lui a répété son entretien de la veille avec le colonel Gresley, comme il le rapporte ce soir au maréchal Ganrobert. Le maréchal Bazaine, après l'avoir écouté, lui a confié qu'il était la première personne qui lui parlait des événements et des projets éventuels du gouvernement, n'ayant pas, comme commandant de la garde, reçu la circulaire prescrivant les vérifications à faire en bourgeois et qui a été seulement adressée aux commandants de territoires. Aussi se refuse-t-il à croire à la gravité des circonstances. De même le maréchal Ganrobert et le général Desvaux, en se quittant le 1 2 j uillet au soir, sont convaincus qu'il n'y a rien de grave et que la guerre n'est pas à craindre.

Le lendemain matin le maréchal lit les journaux et demeure frappé de l'article de tète du Constitutionnel, qui commence par ces mots : « Une victoire qui ne coûte pas une goutte de sang » et où, après avoir raconté le désistement du prince Léopold au trône d'Espagne, M. Robert Mitchell qui signe l'article le termine ainsi : « Nous ne demandions pas autre chose. »

Après information, il apprend que M. R. Mitchell déclare avoir reproduit exactement les paroles que M. Emile Ollivier chef du cabinet lui a dictées Ja veille au soir, quand il est venu, comme d'ordinaire, demander le mot d'ordre du ministre.

Ainsi voilà le maréchal rassuré et il télégraphie à 9 heures 30 du matin à la maréchale : « Reçu ta lettre; sois tranquille : Statu quo : préviendrai si nouveau décisif : Guerre peu probable. »

La lettre qu'il reçoit de la maréchale ce jour-là le chagrine parce que, impatiente et inquiète, elle parle d'arrêter sa cure et de revenir à Paris avec ses enfants. Elle a vu (dans la journée du 12) à Vichy M. Forcade de la Roquette qui quittait le prince de La Tour d'Auvergne : il l'avait trouvé alité, souffrant d horribles névralgies, fort préoccupé et trouvant que « les affaires s'embrouillaient énormément; à son avis si nous n'avions pas la guerre dans huit jours, nous l'aurions dans deux mois. La déclaration, a-t-il dit à M. de Forcade, faite à la tribune m'a paru, à moi qui ne suis pas dans les secrets du gouvernement, trop vive et trop prématurée, ne permettant guère aux Espagnols et aux Prussiens de reculer, et pour peu que ce soit un prétexte que l'on a cherché pour faire la guerre sur une question qui ne fût pas allemande, ce prétexte est trouvé. Je voudrais bien qu'on ne me demandât pas d'aller à Vienne en ce moment, car je suis hors d'état de me mettre en route. »

Le maréchal Ganrobert dans l'après-midi se rend au Sénat où l'on a annoncé une communication, et là, en l'attendant, il répond de sa place à la maréchale :

« Ta lettre de ce matin se ressent de ton inquiétude. Je comprends bien que les circonstances sont de nature à attirer ton attention, mais je ne saurais trop te le répéter, cela ne doit pas aller jusqu'à t'enlever le calme nécessaire à ta santé pendant ta cure. » Au moment où le maréchal en était là de sa lettre, le ministre monte

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