LE CAMP DE CHALONS
A 9 heures le maréchal eut un rapport des généraux, des chefs de corps et de services. Dans l'aprèsmidi il visita le camp, l'hôpital et les magasins, et constata que le 2e corps, en partant, les avait vidés, et que Ton manquait du nécessaire.
« Naturellement, je travaille beaucoup, écrit-il le soir à la maréchale ; ça ne m'empêche pas de penser à toi et à nos chers enfants. »
Les 26 et 27 furent employés à organiser, à voir un à un tous les corps et détachements déjà arrivés; le 28 le maréchal reçut un avis de se rendre à la gare de Chàlons où l'Empereur devait passer vers 2 heures. Il partit en voiture avec ses aides de camp et trouva sur le quai, au milieu de la foule, M. Sohier, préfet de la Marne, et Mme Sohier, avec qui il causa. Lorsque le train impérial entra en gare, à 2 heures, le maréchal monta sur le marchepied du wagon, parla avec l'Empereur qui était tout fier et heureux d'avoir le Prince Impérial avec lui. « L'Empereur a été très gracieux, écrit-il le soir, je n'en dirai pas autant du prince Napoléon dont l'air toujours renfrogné ne s'était pas éclairci pour la circonstance. »
La foule enthousiaste acclama beaucoup l'Empereur,
Le souverain parti, le maréchal alla faire visite à M. et Mme Sohier, au général et à la marquise de Linières, puis il rentra au camp à G heures par une pluie battante.
Dans la nuit du 28 au 29, à 3 heures, tout le quartier général fut réveillé par un mouvement et un bruit imprévu. La maréchale venait d'arriver au camp avec sa fille Glaire, âgée de 5 ans, et sa vieille femme de chambre de confiance Augusta. Le maréchal un peu surpris accueillit d'abord fraîchement sa femme, puis heureux de revoir sa fille, il fit organiser une chambre à deux lits pour les nouveaux venus et tout le monde se recoucha. Le lendemain matin, à 10 heures, un officier de lanciers, le lieutenant de Forsanz, se rendant chez le maréchal vit sur la pelouse qui s'étendait devant le quartier général une petite fille cueillant des fleurs. Il s'avança vers elle : «Que faites-vous là, mademoiselle? » — « Je cueille un bouquet pour papa » , lui répondit Mlle Glaire Ganrobert. Et le lieutenant entra dans le cabinet du maréchal qui, ayant besoin d'un officier d'ordonnance de cavalerie, se l'attacha séance tenante. Le lieutenant de Forsanz, depuis général de division, grand, mince, aux traits réguliers, aux façons de gentilhomme, était un vigoureux cavalier, en même temps qu'un rédacteur hors ligne et très instruit; c'était par-dessus tout un esprit élevé, un cœur dévoué qui, de ce jour, s'est attaché au maréchal et ne lui a jamais manqué. En retraite maintenant, il passe une partie de l'année dans sa ravissante propriété de Kervolongar, près de Morlaix, en Finistère, et l'hiver en Algérie.
Le même jour, le maréchal incorporait aussi dans l'état- major du 6e corps un jeune lieutenant stagiaire au