‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 65 sur 194 · LA MARECHALE AU CAMP · texte numérisé non relu

LA MARECHALE AU CAMP

Ier lanciers, le lieutenant Ghamoin, actuellement général et commandant de la lre division d'infanterie à Lille, alors encore imberbe, et le plus jeune de l'état-major; on l'appelait « le petit Ghamoin. » Ses chefs et ses camarades le trouvèrent charmant, de bonne humeur, plein du feu sacré, ardent, l'œil ouvert à toutes choses, très intelligent et très fin observateur.

Dans l'après-midi, le maréchal passa son temps avec le commandant Lonclas à recevoir les trois premiers bataillons de mobiles de Paris qu'on envoyait au camp, « à leur grand mécontement et au nôtre, » comme l'écrivait le commandant Lonclas. Vers 3 heures et demie, une dépêche de Metz du maréchal Le Bœuf, major-général de l'armée, demandait quand le 6e corps pourrait se porter en avant. A 4 heures et demie le maréchal Ganrobert répondait que les deux divisions arrivées au camp, et celle de Soissons, pouvaient se mettre en route le 1er août, mais sans ambulance, ni artillerie de réserve, ni munitions, ni vivres, ni voitures. Avait-on à Metz, autour de l'Empereur, arrivé la veille, 28 août, le projet de prendre l'offensive? La demande du major-général tendrait à le prouver.

Dans l'après-midi du 29 août, pendant que le maréchal travaillait, le commandant Boussenard, dans la calèche du maréchal, faisait à la maréchale et à sa fille les honneurs du camp où elles se trouvaient pour la première fois.

La maréchale était venue afin de s'entendre avec le maréchal sur des questions privées. Elle ne pouvait rester à l'hôtel de la place Vendôme qu'occupait maintenant le maréchal Baraguay-d'Hilliers ; il lui fallait donc quitter ce local et en enlever le mobilier : il fallait

aussi prendre des dispositions en cas de revers : toutefois la maréchale se montrait très ferme; elle envisageait les choses avec calme et jugement, sans faire aucune pleurnicherie, ce que remarqua le commandant Boussenard.

Le lendemain le maréchal reconduisait, en compagnie du commandant Lonclas, la maréchale et sa fille Claire à la gare où le train parut avec deux heures de retard. En revenant, il causa à cœur ouvert avec son aide de camp, et lui dit qu il avait déjà été contraint de se rendre compte de l'incapacité où étaient plusieurs de ses généraux et de ses colonels à faire campagne. Il faudrait donc suppléer à leur insuffisance dans la mesure du possible, s'il ne pouvait obtenir leur remplacement. Sans doute quelques-uns de ceux auxquels le maréchal faisait allusion eurent le même sentiment que lui sur leur état moral et physique, car dans les 15 jours qui suivirent, et avant l'entrée du corps d'armée en action, deux généraux et un colonel demandaient à être relevés de leur commandement pour cause d'infirmités ou de maladies.

Le dimanche 31 juillet, dans l'après-midi, le maréchal Ganrobert passa en revue la totalité des troupes présentes au camp de Chàlons et les fit défiler devant lui. Leur allure et leur tenue lui donnèrent satisfaction : au contraire la présence des six bataillons de mobiles de Paris déjà arrivés commençait à l'inquiéter, et il écrivit au ministre le 31 au soir, après la revue des troupes de ligne, pour lui exposer « l'inconvénient de leur concentration et du dénuement dans lequel on les laissait. »

Ces bataillons étaient partis de Paris dans un désordre

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