‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 67 sur 194 · GUIS ET SEDITION · texte numérisé non relu

GUIS ET SEDITION

de son cheval par un projectile et une paillasse que portait un des hommes de corvée, jetée en l'air, vient tomber dans les jambes du cheval du maréchal qui la piétine.

Les cris, les hurlements, les piaulements font un charivari immense et disparate que dominent par moment les cris de « A Paris! A Paris! » répétés en cadence par des milliers de voix sur l'air des Lampions. Voyant que rien n'agit sur ces exaltés, et que les cris séditieux et les injures se mêlent aux blagues et aux cris divers, le maréchal, enserré de près, ordonne aux lanciers de charger et lui-même, poussant son cob vigoureux en avant, se fait faire place, et s'en va suivi de son état-major. Et tandis qu'il s'éloigne, l'on entend encore longtemps ets'affaiblissantce cri répété : m A Paris! A Paris! » Il rentre furieux à son quartier : « Ils ont manqué de respect à un maréchal de France! qui venait, sans y être obligé, s'enquérir de leurs besoins... » puis ces quelques mots lâchés, il demeure silencieux et se meta table avec ses aides de camp. Tandis qu'il dîne, les commandants des mutins conduits par le lieutenant-colonel Rambaud se présentent au quartier général pour exprimer au maréchal leurs regrets et lui offrir leur démission. Le maréchal les reçoit et sait leur faire comprendre que bien au contraire, au lieu de se retirer, le devoir et l'honneur exigent qu'ils restent à leur poste.

Le dîner continue triste; personne ne parle ; on est sur le point de quitter la table quand l'officier du poste accourt : une troupe est en marche vers le quartier général avec des torches de paille et des lanternes vénitiennes; il a fait sortir ses hommes; mais la troupe qui

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s'avance parait nombreuse et ce sont sans doute les mutins qui viennent jusqu'ici ; on envoie une patrouille les reconnaître; ce sont bien des mobiles, mais sans mauvaise intention; au contraire, ils ont été indignés de la conduite de leurs camarades et ils viennent avec des officiers prier le maréchal d'oublier la scène de l'après-midi et le prier de mettre le feu en signe de joie à un mannequin de paille qu'ils ont confectionné et qui figure Bismarck.

Ce n'était pas seulement la discipline et l'esprit militaire qui manquaient à la partie même la mieux intentionnée de la mobile : le bon sens et le tact leur faisaient autant défaut! Ainsi en est-il toujours des troupes levées à la hâte.

Prévenu par le chef de la patrouille, le maréchal envoya dire aux manifestants que des soldats ne pouvaient pas se livrera des manifestations de quelque ordre qu'elles fussent et que s'ils avaient des réclamations à faire ils devaient les transmettre par voie hiérarchique : en attendant ils n'avaient qu'à retourner à leur camp. Ces manifestants, qui avaient bonne intention, ne firent aucune difficulté pour obéir et allèrent se coucher.

Le soir même le maréchal écrivait lui-même, de sa grosse écriture, une lettre au ministre où il demandait la dispersion de ces bataillons dans des places fortes : puis il envoya à Paris le capitaine Grosjean qui avait assisté au tumulte pour en rendre compte et aussi pour insinuer au ministre, si la loi le permettait, l'incorporation des bataillons de mobiles dans les régiments de ligne, comme ça se pratiquait en Prusse pour la Landwehr avant 1860 ; puis il envoya une lettre au major-général que le secrétaire d'état-major Rochet actuellement

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