MANNEQUIN DE PAILLE
membre du conseil de Tordre des avocats de Paris, emporta à Metz.
Le lendemain matin le maréchal crut devoir en plus envoyer à l'Empereur le commandant Lonclas : « Vous devez partir le plus vite possible à Metz où vous verrez l'Empereur et lui direz ce qui s'est passé et lui demanderez d'isoler les mobiles dans les places fortes, et qu'on les incorpore ensuite, si c'est légalement possible, dans des régiments. » A 10 h. 50 le commandant Lonclas quitta le camp, et à midi il montaitdans le train à Ghàlons.
L'incident des mobiles de Paris au camp de Ghâlons fut commenté, grossi, agrémenté par les journaux et l'on raconta que le maréchal Ganrobert, renversé de son cheval par les mutins, avait été blessé : ce bruit vint même jusqu'aux oreilles de la maréchale qui, inquiète, télégraphia au camp et fut heureusement bien vite rassurée.
a La masse des mobiles désœuvrée, incertaine, ennuyée, comme l'écrivait le maréchal, formait une foule nerveuse, sans réflexion, tout à fait inconsciente, qu'un intrigant pouvait soulever à sa guise, qui eût été capable de toutes sortes de folies. »
Deux jours après l'incident de la revue, un officier d'état-major, le commandant Heilmann, venant d'Algérie et allant rejoindre le 3e corps (du général Frossard) , descend du train à Mourmelon, demande des renseignements auxquels on ne peut répondre : il se rend au camp et, là, interroge les premiers mobiles qu'il rencontre : Alsacien de naissance, il a un fort accent, et il porte comme les officiers d'Afrique un large pantalon à la Lassalle que les mobiles n'ont jamais
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vu. Il n'en faut pas plus pour que l'un d'eux dise : « C'est un espion : il a l'accent allemand, et il nous interroge... » et là-dessus, on se le répète; on suit l'officier : en dix minutes cent mobiles l'entourent; en un quart d'heure, il y en a plus de mille qui crient et hurlent : « A mort, à mort l'espion ! » , le bousculent et le poussent heureusement du côté du camp. Le poste devant les armes, voyant le rassemblement, accourt, et grâce à la présence d'esprit de l'officier qui le commande et qui déclare que, si c'est un espion il faut commencer par le mettre en sûreté sous les verrous, le commandant Heilmannest dégagé et conduit à l'étatmajor de la 2e division d'infanterie où il est reconnu par ses camarades.
Les troupes commençaient aussi à donner certaines inquiétudes. Les régiments étaient arrivés avec des effectifs restreints et pour les compléter on leur envoyait journellement des réservistes, c'est-à-dire des jeunes gens qui n'avaient jamais été militaires, ou d'anciens soldats en congé ; les uns et les autres se croyaient avoir été libérés pour jamais; aussi venaientils mécontents, montrant sans cesse leur déplaisir, tant par leur mollesse que par leurs propos de nature à déteindre sur les autres soldats. Dans le 4e de ligne, deux de ces réservistes brûlèrent leurs cartouches, avec l'espoir que, condamnés par un conseil de guerre à plusieurs années de prison pour destruction de munitions de guerre, ils resteraient à l'abri, enfermés dans quelque cachot pendant tout le temps de la campagne. Ils avaient compté sans le colonel Vincendon qui commandait leur régiment et qui, avec le colonel Ardent du Pic du 10e de ligne, passait pour le plus énergique