ÉNERGIE DU COLONEL VINCENDON
des chefs de corps des troupes du camp de Châlons. Devinant l'intention de ses deux subordonnés, le colonel Vincendon, au lieu de les déférer au conseil de guerre, les fit désarmer et promener devant le front de son régiment sous les armes et leur annonça en présence de tous leurs camarades, qu'ils n'auraient désormais d'autre arme qu'un manche à balai et que leur fusil ne leur serait rendu que lorsqu'ils en auraient pris un à l'ennemi.
Cet acte d'énergie produisit un effet immense, non seulement sur le 4e régiment, mais sur toutes les troupes et du coup les réservistes, qui croyaient que l'on n'oserait sévir contre eux, changèrent du tout au tout.
Les chefs de corps et les officiers qui, jusqu'alors, avaient redouté de frapper les indisciplinés, vinrent tous féliciter le colonel Vincendon : ils se sentaient remontés; tant il est vrai que lorsque l'esprit de crainte et d'indécision vient à régner, il suffit de l'action d'un homme résolu pour relever les courages et redonner à chacun l'énergie.
Quant aux deux condamnés, l'un fut tué en se jetant au-devant de l'ennemi ; l'autre fut nommé caporal sur le champ de bataille de Rezonville, pour sa belle conduite.
Toutefois les réservistes durant la guerre de 1870 furent généralement d'assez piètres soldats dont certains chefs cherchèrent à se débarrasser, les trouvant plus nuisibles qu'utiles.
Le 3 août, le commandant Lonclas revient de Metz au moment où l'on finissait de dîner — 8 heures du soir. — Le maréchal l'interroge d'abord à part, et
ensuite devant le commandant Boussenard et ses officiers d'ordonnance.
Voici comment il raconta son voyage, dont il écrivit le soir même les incidents sur son carnet.
Dans le train, où il était monté à Chàlons pour Metz, le 2 août 1870 à midi, il avait trouvé le comte Vimercati avec qui il a voyagé : le confident de Victor-Emmanuel lui raconta qu'il venait de remplir une mission confidentielle et diplomatique à Vienne et à Florence et qu'il allait en rendre compte à l'Empereur. Les Italiens et les Autrichiens n'étaient pas prêts actuellement, il leur fallait plus d'un mois pour entrer en campagne : « On avait été, de notre côté, beaucoup trop vite, en déclarant la guerre, avant que les traités en gestation fussent signés et les dispositions militaires définitivement arrêtées entre les trois puissances. » Le 1 2 juillet, l'Empereur lui avait dit de télégraphier au roi Victor-Emmanuel qu'il pouvait rester à chasser dans les montagnes; qu'il n'y avait plus à s'inquiéter; que la paix était assurée. Aussi avait-on été complètement surpris quarante-huit heures après par la déclaration de guerre. Et le commandant Lonclas concluait que nous ne pouvions pas compter sur le concours immédiat des deux puissances et qu'évidemment les premiers événements auraient décidé la question avant leur intervention armée.
En descendant du chemin de fer à la gare de Metz à 6 heures du soir, il avait couru à l'hôtel de l'Europe, rue des Clercs, où était installé l'état-major général : tout le monde y était dans l'attente du résultat de l'engagement de Sarrebruck :
« Le général Jarras, à 8 heures, Ta emmené dîner, et