MORT DU CESA11EV1TCH
alors seulement la présence de la fiancée de son fils dans le train.
« 11 me dit qu'il allait lui lire cette dépèche. Je le suivis jusqu'à la voiture de la reine de Danemark et de la princesse Dagmar. L'Empereur monta sur le marchepied, frappa au carreau, la princesse ouvrit la glace et se pencha. Je vis ses traits si pleins de grâce et ses deux yeux qui me parurent superbes; de lourds bandeaux encadraient l'ovale de la figure si pure. L'Empereur se tourna de façon que le télégramme sur papier jaune fut éclairé par un bec de gaz et en lut le contenu : « La Reine, me dit un des aides de camp, est sourde « et doit être restée étendue. »
« L'Empereur remonta en wagon après m'avoir encore remercié, et la locomotive ayant été changée, le train se remit en route. En m'en retournant, je dis au commandant Boussenard : Il a tout de même grand air, cet homme encore jeune, avec son chapeau mou, son complet gris, et son petit fouet. . . Et dire qu'il commande à cent millions d'àmes ! »
h Le Tsar et ses fils arrivèrent à temps ainsi que la princesse Dagmar pour voir le mourant. On a dit que la présence de sa fiancée, qu'il avait tant désirée, avait adouci ses derniers moments et qu'il avait marqué toute la joie qu'il ressentait de la retrouver, mais je ne crois pas que ce soit exact; le mourant avait perdu ses facultés lorsque la princesse fut introduite auprès de son lit.
u Le césarévitch s'éteignit le 24 avril, en présence de l'Empereur, de l'Impératrice, de sa fiancée, de ses frères, de la reine de Danemark et de toute la maison des souverains.
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« Aussitôt qu'il fut mort, l'Impératrice lui fit ellemême sa toilette et déposa des fleurs tout autour de sa tête sur l'oreiller, puis l'Empereur, la princesse Dagmar et tous les assistants vinrent jeter encore des roses ou des fleurs d'oranger sur le lit.
h Tout le monde s'étant retiré, l'Impératrice ordonna de tendre la chambre de gaze blanche.
« Depuis le moment où le Tsar et l'Impératrice avaient été conduire leur fils aîné dans le Midi, Napoléon III avait envoyé à Nice le bataillon des chasseurs à pied de la garde pour rendre les honneurs aux souverains. Ce bataillon était commandé par un brave soldat, M. de Geslin, qui devait s'illustrer plus tard sous mes ordres à Saint-Privat par son héroïque défense de Sainte-Marie-aux-Chênes contre la garde royale prussienne. Et c'était par lui que — en dehors des rapports officiels qui m'étaient adressés — j'étais tenu au courant de ce qui se passait à Nice.
« Le lendemain eut lieu la cérémonie simple et imposante de la proclamation du nouveau césarevitch. Devant le corps, mis dans le cercueil et recouvert seulement d'une glace qui laissait voir les traits de l'héritier au trône qui venait de mourir, et en présence des grands-ducs et des deux officiers envoyés par Napoléon III pour le représenter, M. le lieutenant de vaisseau Duperré et le capitaine aux guides Jacques de Fitz-James, le tzar, debout, fit agenouiller son fils, le futur Alexandre III, l'embrassa, lui donna sa bénédiction, et en quelques paroles dites simplement et d'un ton ordinaire le proclama césarevitch à la place de son frère.
« Les funérailles eurent lieu le 28, à 11 heures, dans