‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 72 sur 194 · DESARROI GENERAL · texte numérisé non relu

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ceux du 10e de ligne et leur a offert le Champagne, tout heureux des bruits qui circulent.

Le maréchal va voir les troupes qui reviennent, puis il rentre et écrit un mot à la maréchale comme il le fait tous les jours pour la rassurer et lui parler de ses enfants. Mais le soir il est étonné de ne pas avoir de nouvelles des événements ni d'avis de l'arrivée de l'officier que l'Empereur lui a annoncé. Il envoie alors des télégrammes à divers préfets et sous-préfets de la frontière pour avoir quelques renseignements. La soirée et la nuit se passent sans télégramme; le lundi S août, à 4 heures et demie du matin, le commandant Gaffarel qui revient le dernier de Nancy est reçu par le maréchal; il a rencontré dans la nuit du 6 au 7 août à Frouard, le colonel Klein de Kleinenberg, qui, envoyé par l'Empereur auprès du maréchal de Mac-Mahon, retournait à Metz pour apporter la nouvelle de la bataille de Reichshoffen.

Dans la journée du 7 août des trains de blessés ont commencé à paraître, etdans l'un d'eux le commandant Gaffarel a vu le lieutenant-colonel Golonieu des turcos, les deux jambes traversées, étendu sur les coussins d'un wagon de première classe; il a causé avec lui. Tout ce dont le courage et la valeur étaient capables avait été donné et les pertes étaient énormes, nous avions eu à lutter un contre trois. Le maréchal écoute le commandant Gaffarel, puis n'ayant toujours rien reçu, il commence à s'impatienter, et envoie ce télégramme au maréchal Le Bœuf :

« L'officier que m'avait annoncé l'Empereur n'est pas encore venu. Vous me laissez sans nouvelles, je m'en plains à vous. »

L'inquiétude du maréchal augmentait parce que lestroupes qui revenaient au fur et à mesure au camp et celles qui y étaient demeurées, apprenaient peu à peu les événements et les commentaient : il pouvait en résulter un découragement qui propagerait la peur dans les âmes.

Il était déjà sous cette pénible impression, lorsque le commandant Boussenard lui annonça que des chevaux des écuries impériales avec des bagages, des palefreniers et des valets venaient de débarquer du chemin de fer et se rendaient au camp sous la conduite du capitaine Faverot de Kerbrech," officier d'ordonnance de l'Empereur. Cette nouvelle irrita le maréchal qui fit mander auprès de lui le capitaine Faverot de Kerbrech.

« Je ne veux pas, lui dit-il, que vous m'ameniez votre convoi ici ; comment l'Empereur veut donc abandonner l'Alsace et la Lorraine ! Nous ne sommes pas si battus que ça! Six corps n'ont même pas vu un Prussien... Allez-vous-en! Mes soldats en voyant vos équipages vont dire que l'Empereur est tué, prisonnier ou en fuite. Des officiers qui vous ont aperçu croient déjà que tout est perdu.

« Allez-vous-en, je ne veux plus vous voir ici... »

Le malheureux capitaine ne savait pas quoi répondre. Le commandant Boussenard l'emmena et lui indiqua les moyens de cacher sa présence et celle de son convoi dont la vue aurait fait répandre les bruits les plus saugrenus sur l'armée de Metz et sur l'Empereur.

Vers 10 heures, un télégramme du maréchal Le Bœuf en réponse à la plainte du maréchal Ganrobert de 5 heures du matin est apporté : « Metz, 8 août, 8 heures du matin. J'étais absent. — (Le maréchal Le Bœuf était

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