‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 73 sur 194 · LES CHEVAUX DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LES CHEVAUX DE L'EMPEREUR

à Saint-Avold auprès du maréchal Bazaine toute la matinée du 7.) — J'ignore ce dont était porteur l'officier que devait vous envoyer l'Empereur. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Mac-Mahon battu, en retraite sur Nancy. Failly intact, en retraite sur le même point. Bazaine avec toute l'aile gauche, en retraite sur Metz.

« L'ennemi vient de franchir le Rhin au-dessus de Schlestadt.

« L'ennemi qui a battu Mac-Mahon a ses premiers coureurs vers Lutzelbourg. La concentration sur Ghâlons peut devenir difficile. »

Le maréchal Le Bœuf ne répondait pas au sujet de l'officier envoyé par l'Empereur et ne transmettait non plus aucun ordre.

Ce télégramme dénotait un désarroi complet chez les chefs de l'armée; aussi le maréchal Ganrobert sentait-il plus que jamais la nécessité de maintenir le moral de ses officiers et de ses soldats. Après déjeuner il réunit ses aides de camp et ses officiers d'ordon-, nance ; il leur répète à plusieurs reprises et toujours avec le plus grand calme que l'on s'est exagéré les échecs de l'avant-veille; ensuite il lit les journaux, les dépêches et correspondances et il s'efforce de tirer au clair et d'expliquer les faits dont il ne connaît que le brutal résultat: il cherche sur les cartes à déduire des renseignements qu'il possède la marche des Allemands. Il est plongé dans ce travail lorsqu'à 2 heures arrive un télégramme de l'Empereur qui a mis quatre heures pour venir de Metz; il le lit : » 10 heures 5, matin. Je vous envoie le général Reille qui part d'ici à midi. Si vous pouvez vous trouver à Chàlons même, cela lui permettra de revenir plus tôt. — Napoléon. »

Le maréchal envoie, à Mourmelon, prier le chef de gare de lui préparer un train pour Châlons-ville et il télégraphie au général de Lanières qui commande à Ghàlons : « 2 heures et demie, soir. Le général Reille doit arriver à Ghàlons par le train parti de Metz à midi. Faites-le prévenir à son arrivée en gare que je le verrai à riiôtel de la Haute-Mère-Dieu . »

A 3 heures 50, le maréchal quittait le camp avec le commandant Lonclas, et à 5 heures il était à Ghàlons, où il apprenait que le train de Metz n'arriverait qu'à 8 heures du soir. Ayant du temps, il alla voir le général de Linières, puis il se rendit à la préfecture où il trouva dans le jardin Mme Sohier occupée à couper des roses; après quelques mots, elle amena le maréchal à son mari qui était dans son cabinet :

« Vous allez dîner avec moi, monsieur le maréchal, dit le préfet, en se levant. » — « Non, j'ai déjà refusé au général de Linières, mais c'est moi qui vous emmène dîner à la Haute-Mère-Dieu, » Et tous deux se rendirent à pied à l'hôtel, tandis que le commandant Lonclas allait à la gare attendre le général Reille.

Le train aurait déjà dû être là. Aussi le dîner se passa dans l'attente; le maréchal ne savait rien de plus que le préfet; il ne cessait de répéter qu'il lui paraissait absurde d'abandonner sans coup férir trois provinces, quand le quart de l'armée seulement avait vu le feu; il craignait qu'on eût perdu la tête à Metz. L'arrivée du capitaine Faverot de Kerbrech au camp de Ghàlons avec les chevaux et les bagages de l'Empereur qui allaient être dirigées sur Paris l'avait affecté; il s'arrêta là de sa conversation et ne dit point que la présence de l'écurie impériale lui était apparue comme

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