‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 74 sur 194 · L'ENVOYE DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

L'ENVOYE DE L'EMPEREUR

le prélude d'une fuite pitoyable, mais il ne cacha pas Timpatience où il était depuis la veille d'être fixé sur la situation et de connaître de la bouche d'un aide de camp de l'Empereur ce qu'on avait décidé, car jusqu'à présent tout ce qu'il savait ne lui paraissait que contradiction. A 10 heures, le général Reille, amené de la gare par la voiture du préfet, entrait dans le petit salon où étaient le maréchal et M. Sohier préfet; tous trois se connaissaient intimement depuis longtemps ; aussi les deux convives se levant en même temps embrassèrent le général, Celui-ci s'assit, dit quelques mots de la façon dont on avait appris la défaite de Frœschwiller. Le colonel Klein de Klenenberg, envoyé par l'Empereur dans la journée du 6 aux nouvelles, n'avait pu parvenir jusqu'à Reichshoffen, les trains étant arrêtés, bien avant Hagueneau par des convois de matériel refluant vers l'intérieur. Mais il avait vu la débâcle des fuyards, des blessés et des convoyeurs; il avait constaté l'importance de la défaite du 1er corps au reflux de cette horde en débandade : il avait télégraphié à l'Empereur, vers minuit, dans des termes pondérés et de façon à ne pas effrayer si ce télégramme venait à tomber entre les mains d'un tiers, et à ne pas faire connaître d'une façon trop explicite notre défaite. Aussitôt l'Empereur avait, à son tour, prévenu l'Impératrice et les ministres. A Metz, on était déjà, depuis 10 heures du soir, sous le coup de la retraite du corps du général Frossard à Forbach ; le télégramme du commandant Klein de Kleinenberg, malgré sa modération, avait jeté le quartier général dans un désarroi complet. On avait voulu reprendre, sur l'heure même, une revanche : réunir les quatre corps d'armée actuelle-

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ment en avant de Metz, avec eux pousser droit aux Prussiens et les attaquer à fond là où on les rencontrerait, presque certain de les trouver en état d'infériorité numérique. A 3 heures du matin, l'Empereur était allé à la gare, était monté en wagon avec le maréchal Le Bœuf, le général Pajol, le colonel d'Andlau, le commandant Samuel, les capitaines de France et Méquillet dans l'idée de saisir le commandement des troupes à Saint-Avold et aux environs et de prendre une offensive énergique ; mais le commandant Klein de Kleinenberg était arrivé et, sur son rapport, l'Empereur avait changé d'avis et était rentré à la préfecture où le maréchal Le Bœuf avait encore fait tous ses efforts pour le décider : l'Empereur affolé, épuisé, peut-être même à ce moment en proie à une crise de coliques néphrétiques, était demeuré immobile et muet, assis, plié en deux dans un fauteuil et penché sur une carte.

Alors, faute de prendre une décision, on avait débattu divers projets et on s'était rallié, vers 5 heures du matin, à une retraite générale et une concentration de toute l'armée à Ghâlons; puis on avait encore changé d'avis. A ce moment de l'entretien, M. Sohier, craignant d'être indiscret, se leva, dit adieu au maréchal et au général et se retira. Et l'aide de camp de l'Empereur ajouta : « Voici l'ordre que je suis chargé « de vous transmettre. L'Empereur reste à Metz avec « les troupes qui y sont actuellement, pour chercher à « inquiéter l'ennemi sur ses derrières.

« Le maréchal Ganrobert s'entendra avec le ministre « de la Guerre pour retourner à Paris avec ses trois « divisions, toute son artillerie, son matériel, et sa « cavalerie.

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