‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 75 sur 194 · M. MAURICE I\IC HA · texte numérisé non relu

M. MAURICE I\IC HA

« Les neuf bataillons de mobiles déjà au camp de <i Chàlons se rendront à Verdun, où ils seront placés « sous les ordres d'un officier énergique. »

Le maréchal écouta l'air pensif, puis, quand l'aide de camp de l'Empereur eut fini sa communication, il l'interrogea Le général Reille, qui a été très réservé déjà dans l'exposé des événements, déclare n'avoir pas été mis au courant des conseils de l'Empereur et ne pouvoir donner aucun commentaire ni explications. Le maréchal le pousse : les instructions qu'il lui apporte lui paraissent mauvaises et surtout contradictoires : « Si l'on doit se rencontrer avec l'ennemi à Metz, on doit y réunir autant de monde que l'on en a, afin de se rapprocher de l'égalité numérique et même, si c'est possible, avoir l'avantage du nombre. Pourquoi diviser en deux l'armée? »

Devant « la répugnance du maréchal d'obéir aux ordres qu'il lui apporte » , le général Reille lui propose de venir avec lui à Metz : « Vous vous expliquerez avec l'Empereur, lui dit-il » . Le maréchal accepte la proposition, et montant avec le général Reille dans la voiture du préfet qui était restée à sa disposition, tous deux partent à la gare avec le commandant Lonclas, et vers minuit ils sont en wagon, en route pour Metz.

Durant le trajet, le général Reille raconta qu'il était venu de Metz en compagnie de M. Maurice Richard, ministre des Beaux-Arts, qui avait été envoyé pour s'enquérir de visu de l'état de santé de l'Empereur que les membres du ministère croyaient tout à fait incapable ■de continuer à assurer le commandement de l'armée. M. Maurice Richard devait aussi obtenir une communication plus rapide des dépêches relatant les événe-

ments en raison de la surexcitation de l'opinion publique qu'il fallait calmer, car de toutes parts on accusait le ministère de garder les dépêches et de cacher la vérité. Il était reparti plein de confiance dans le résultat final : l'Empereur lui avait parlé de la retraite générale sur Châlons, et en route, il avait répété à plusieurs reprises : « avoir partout, sur la route, constaté l'enthousiasme des populations et la volonté de se défendre : certainement, répétait-il, nos efforts seront couronnés de succès, et nous chasserons l'ennemi audelà des frontières. »

Le général Reille raconte aussi au maréchal qu'il a parlé à M. Maurice Richard de la conduite admirable du comte de Leusse, maire de Reichshoffen, qui a aidé le maréchal de Mac-Mahon dans la mesure du possible, qui l'a accompagné dans ses reconnaissances et a transformé son château en hôpital : « J'ai dit au ministre qu'il fallait le nommer officier de la Légion d'honneur d'une façon éclatante, et j'ai fortement insisté, car c'est un exemple qu'il importe de donner. »

n Je suis d'autant plus dans vos idées, dit alors le maréchal, que c'est moi qui ai décoré de ma main le comte de Leusse, dans la tranchée de Sébastopol, alors qu'il n'avait pas vingt ans, pour avoir accompli un acte de sang-froid et de courage extraordinaires. Il était employé comme volontaire de marine dans une batterie sur laquelle une bombe de 36 centimètres vint à tomber : sa mèche allumée menaçait d'amener son éclatement immédiat, et plusieurs des assistants se cachaient ou se jetaient à terre, lorsque le jeune de Leusse se baissa et, prenant le projectile par ses deux anses, le porta contre le parapet et le jeta par-dessus :

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