A METZ
de les retirer à la nouvelle de la défaite. Sous le ciel bas et sombre et sous l'averse au lieu de claquer au vent en signe d'allégresse, ils semblent le symbole de la mort ou de la douleur.
En débouchant du pont, la voiture vient se ranger devant la préfecture, sur le perron de laquelle deux grenadiers en bonnet de police, avec la tunique à brandebourgs blancs, sont en sentinelle.
Le maréchal et le général pénètrent dans une salle du rez-de-chaussée. Le capitaine Pierron est là; il met au courant les deux arrivants : l'Empereur est parti en breack à 5 heures pour Faulquemont où est le quartier général du maréchal Bazaine. Le général Lebrun, le général Ghangarnier, MM. Franceschini-Pietri, Davilliers et de Massa l'accompagnent. Il n'y a personne de la maison de l'Empereur, mais le maréchal Le Bœuf est resté, il est dans une pièce à côté occupé à télégraphier et dicter des ordres. Le maréchal Canrobert se fait annoncer; le maréchal Le Bœuf l'accueille chaudement et lui dit que tout est changé depuis la veille, et que l'on craint une concentration de l'ennemi qui se préparerait à nous attaquer par notre droite. L'Empereur a nommé le maréchal Bazaine commandant en chef de toutes lestroupes sous Metz, auxquelles on veut réunir les 5e et 6e corps (de Failly et maréchal Canrobert) et les divisions indépendantes de cavalerie de Forton (cuirassiers et dragons) et du Barail (chasseurs d'Afrique). Le maréchal a déjà télégraphié et est encore occupé à dicter des dépêches aux commandants de ces troupes pour les aviser de se rendre le plus vite possible à Metz et il tend au maréchal Canrobert le texte du télégramme concernant le 6e corps qu'il vient d'envoyer.
« Faites partir sur-le-champ une de vos divisions pour Metz. L'Empereur compte que cette division pourra être ici demain. »
Le maréchal, tout heureux de cette nouvelle décision, la confirme par ce télégramme qu'il envoie séance tenante :
k Metz, 8 h. 55 matin.
« Vous avez dû recevoir Tordre de l'Empereur de diriger immédiatement sur Metz une division d'infanterie, désignez la 3e: accusez réception ici.
« Maréchal Canrobert. »
Tandis que les deux maréchaux causent, un employé apporte un télégramme de l'Empereur daté de Faulquemont 8 h. 20. Toute l'armée va replier ses campements sur les positions arrière de la Nied française, c'est-à-dire près de Metz. Alors le maréchal Canrobert se retire pour laisser le major général dicter l'ordre de mouvement prescrit par le télégramme. En sortant du cabinet du maréchal Le Bœuf, il se croise avec le colonel Lewal le chef de la section des renseignements à l' état-major général.
Le colonel Lewal a fait partie de l'état-major du maréchal Canrobert en Italie, et depuis il n'a cessé de le voir et de rechercher son appui. Il est en confiance avec lui, aussi expose-t-il ce qu'il sait de la situation :
L'avant-veille tout a été sens dessus dessous. Toute notion exacte de la situation faisait défaut, les esprits les plus rassis, les plus pondérés déraisonnaient et exagéraient ridiculement.
Ainsi voici ce qu'a écrit un des aides de camp de