STUPEUR ET AFFOLEMENT
l'Empereur les plus énergiques : « Jamais défaite n'a été aussi grande! le corps de Mac-Mahon est réduit à 200 hommes par division, et celui de Frossard est à peu près dans les mêmes conditions. Il est probable que les Prussiens attaqueront aujourd hui le corps de Bazaine qui subira le même sort.
« ... Stupeur générale partout, et, par-dessus tout, la crainte de voir Paris se déclarer en République avec un comité de Salut public...
«On a disséminé les troupes de Bazaine, il sera écrasé, si l'ennemi se présente, et il se présentera.
«... On fait partir nos chevaux pour Ghàlons à 2 heures. Les Prussiens y seront avant nous.
«... Je suis dans l'anéantissement.
« Je ne puis rien dire d'assez fort sur celte déroute. La fuite n'a pas eu lieu, mais c'est labsorption complète du corps de Mac-Mahon.
«Nous partirons sans doute cette nuit pour Ghàlons. J'aurais voulu qu'on restât ici. »
G'étaitde l'affolement, des plaintes, des accusations, des récriminations : le prince Napoléon, allant, venant, haussant les épaules, avec son masque césarien et sa haute taille, critiquait tout, blàmantles uns et les autres, lançant des boutades, entremêlées d exclamations de sa voix puissante et sonore ; le général de Béville disait du mal de tout le monde; les autres étaient ahuris; et au milieu de ces sorties dissolvantes et de ces figures décomposées, l'Empereur, l'œil plus terne que d habitude; souffrant, n'interrompait son silence que pour dire en se tordant plié en deux dans son fauteuil : « Oh! j'ai là dans les reins une pelote d'aiguilles qui me perforent les intestins. »
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« Matériellement, disait le colonel Lewal, l'échec du 6 n'est rien, mais moralement c'est grave. L'Empereur en tant que souverain et chef d'armée est frappé; tout le monde autour de lui en a conscience; la confiance n'existe plus. »
« Toute la matinée, on est resté dans l'ahurissement, l'indécision et le gâchis. A huit heures, l'Empereur s'est décidé à la concentration de toute l'armée sur Châlons; l'évéque Mgr Dupont des Loges l'attendait avec son clergé pour la messe et l'a attendu deux heures. A 10 heures, l'Empereur s'est souvenu qu'il devait aller à la cathédrale et il a envoyé l'abbé Métairie l'excuser auprès de l'évéque. Dans l'après-midi il y a eu un branle-bas dans toute la préfecture : des valets, des ordonnances empilaient hâtivement des effets dans des malles, des cantines, des caisses de toutes sortes; à 3 heures des fourgons sont venus devant le perron, on a entassé dessus tous les bagages et le convoi est parti vers 5 heures pour la gare.
« Dans la soirée, sur les nouvelles que nulle part l'ennemi ne poursuivait sa victoire et laissait nos troupes sans les inquiéter, on s'est calmé.
a On s'est couché sur l'idée de la concentration générale à Cliàlons et l'abandon d'une partie du territoire, ce qui n'était pas accepté par beaucoup. Hier matin, raconte toujours le colonel Lewal, le lieutenant-colonel Fay qui voyait avec un profond chagrin cette retraite considérée par lui comme une lâcheté, après avoir réfléchi toute la nuit, a pris sa plume et a écrit une lettre pour blâmer une décision aussi lamentable et en montrer les inconvénients : « Tout est perdu, y disait-il, si l'on rétrograde sur Châlons. . . » Et il montrait le décou-