L'IMPÉRATRICE DEMANDE LE MARÉCHAL CANROBERT
de la discipline, de l'abnégation de son lieutenant « qui avaient si singulièrement facilité sa tâche » .
Le maréchal Caurobert reprit le train à une heure sans avoir déjeuné; son voyage fut d'une lenteur désespérante : àFrouard, à Bar-le-Duc,à toutes les grandes gares, des arrêts sans fin; et dans le personnel, la crainte de voir arriver les Prussiens. Vers 1 1 heures du soir seulement le maréchal rentrait au camp, avec le commandant Lonclas, tous deux mourant de faim.
Le lendemain matin (10 août), vers 5 heures trois quarts, après un bon sommeil, le maréchal, déjà occupé à presser le départ successif de ses divisions et le sien pour Metz, reçoit un télégramme de l'Empereur : « Metz, 5 h. 30 du matin. L'Empereur au maréchal Ganrobert : l'Impératrice fait appel à votre dévouement. Allez immédiatement vous mettre à sa disposition et laissez le commandement du camp au plus ancien général de division. — Napoléon. »
Au moment d'aller à l'ennemi avec son corps d'armée, on l'appelait pour un poste vraisemblablement plus politique que militaire.
C'était un rude coup pour lui : son silence et sa réflexion ne laissèrent aucun doute à ses aides de camp sur l'impression qu'il en ressentait.
Les emmenant à part ainsi que le lieutenant de Forsanz, il leur communiqua le télégramme de l'Empereur, leur recommanda de n'en souffler mot à personne, et leur annonça qu'ils allaient partir avec lui, quelques chevaux de selle et les ordonnances nécessaires. Ensuite il fit demander son chef d état-mnjor le général Henry pour le prévenir qu'il allait s'absenter momentané-
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ment, et lui recommander de lui télégraphier, à Paris, aux Tuileries, les moindres nouvelles et surtout de lui transmettre tous les ordres qui pourraient venir; il se garda d'ailleurs bien, quoique l'Empereur le lui recommandât, de remettre le commandement au plus ancien divisionnaire; c'est donc qu'il était décidé, à moins qu'il n'en reçût Y ordre absolu, à revenir à son corps d'armée pour le conduire à l'ennemi.
A midi le maréchal et les trois officiers sont en gare de Ghâlons où M. Sohier, prévenu, les attend. La formation du train est désespérément longue. Les olficiers la surveillent et s'assurent de l'embarquement des chevaux. Pendant ce temps le maréchal cause avec M. Sohier ; ils savent que le ministère est tombé la veille et que le général Palikao, appelé à l'improviste de Lyon, a été chargé dans la soirée d'en former un. Nouveau venu dans la politique et dans des circonstances aussi difficiles, réussira-t-il?
Enfin le train est prêt : le maréchal serre la main à M. Sohier et monte en wagon avec ses trois officiers.
Pendant le trajet il ne déserra pas les dents; il était préoccupé de ce qui l'attendait à Paris.
Depuis la veille 5 heures, il n'y avait plus de gouvernement, et le maréchal Baraguay-d'Hilliers insistait pour être relevé de son commandement. Ainsi en présence de Paris surexcité, de l'émeute presqu'en permanence, ou toujours prête à éclater, il n'y avait personne pour commander, pour maintenir l'ordre : car les ministres démissionnaires étaient tombés à un tel degré d impopularité qu'il leur eût été impossible de continuer à gérer les affaires. Jamais on n'a vu des personnes aussi honnies et vilipendées que l'étaient dans ces jours