‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 82 sur 194 · ARRIVEE A PARIS · texte numérisé non relu

ARRIVEE A PARIS

d'angoisses les membres du gouvernement qui avait déclaré la guerre.

En présence de cette absence d'autorité et de l'activité révolutionnaire agissant partout et sans cesse, l'Impératrice avait pensé au maréchal Canrobert pour sauver la situation en maintenant Tordre et le trône. Pourrait-il refuser?

Aussi absorbés que le maréchal, les trois officiers n'échangèrent pendant le trajet que quelques mots; à un moment donné cependant ils se concertèrent et le commandant Lonclas prit la parole au nom de tous et dit : « Si, monsieur le maréchal, vous restez à Paris, nous permettrez-vous de retourner à l'armée? » — « Oui » , répondit le maréchal, et ce fut tout.

On arriva à 10 heures et demie à la gare de l'Est. Sur le quai, devant le cabinet du chef de gare, le commandant Lonclas, qui ouvrait la portière, vit la maréchale Canrobert : elle était assise sur une chaise, vêtue d'une robe de visite grise avec des dentelles écrues : sur ses genoux était son fils Marcel qui dormait à poings formés, les jambes nues, pendantes.

Le maréchal fut vite auprès de sa femme et les officiers la saluèrent : « Il y a une foule assez houleuse aux abords de la gare, dit la maréchale, elle sait que vous arrivez et si l'on acclame ceux qui partent à la frontière, on injurie et conspue ceux qui en reviennent ou qui restent : j'ai donc apporté des habits civils que vous allez mettre dans le bureau du chef de gare : mon coupé attend devant une sortie dérobée : ainsi nous pouvons partir sans être reconnus et éviter les manifestations. » Toujours calme et précise, la maréchale parlait avec un air d'autorité qui frappa les offi-

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ciers : le maréchal congédia ses deux aides de camp, leur donnant rendez-vous pour le lendemain 8 heures du matin, hôtel de Bristol, place Vendôme, et il ordonna au lieutenant de Forsanz de demeurer à la gare et de surveiller les chevaux et de faire garer leur écurie pendant la nuit. Les officiers saluèrent la maréchale qui entra, tenant son fils toujours dormant dans ses bras, chez le chef de gare avec le maréchal.

Tant dans le bureau du chef de gare que dans son coupé, en allant aux Tuileries, la maréchale admirablement renseignée exposa la situation à son mari et insista de la façon la plus formelle pour qu'il refusât les offres qui allaient lui être faites. Elle prêchait un converti.

Le refus que le maréchal allait opposera la demande de l'Impératrice devait avoir des conséquences graves pour le pays; car l'absence de commandant ou de gouverneur permettrait dans huit jours au prince Napoléon d'obtenir de l'Empereur pour son protégé, le général Trochu, la place de gouverneur de la capitale.

Si le maréchal Ganrobert eût commandé à Paris au 4 septembre, il eût défendu la représentation nationale et eût assuré de ce fait la constitution d'un gouvernement régulier; il n'eût pas trahi la parole donnée à sa souveraine, il n'eût pas négocié avec les chefs de l'émeute la chute d'un gouvernement qu'il était chargé de défendre pour se faire mettre à sa place.

Et alors, au lieu d'un gouvernement issu de l'émeute, l'Europe pour intervenir, et la Prusse pour négocier eussent trouvé un gouvernement régulier!

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