‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 84 sur 194 · L'IMPERATRICE A SAINT-CLOUD · texte numérisé non relu

L'IMPERATRICE A SAINT-CLOUD

adressée au roi de Prusse, après la renonciation du prétendant.

Dans la soirée du 1 I juillet 1870, vers 10 heures, à Saint-Cloud lorsqu'on servait le thé, l'Impératrice aurait dit : « Pourvu que la Prusse et l'Espagne ne reculent pas. » — « Mais, Madame, aurait répondu l'un des écuyers de l'Empereur, le prince Poniatowski, qui a depuis raconté ces détails, si après la sommation, plutôt hautaine, qui a été lancée de la tribune de la Chambre, la Prusse donne satisfaction à la France, ce sera une grande victoire diplomatique. » — « Vous êtes Italien, vous ne comprenez rien aux affaires de notre pays » , lui aurait répondu l'Impératrice.

Le lendemain, quand l'Impératrice eut communication du télégramme du désistement, elle se trouvait avec plusieurs personnes dont la comtesse Walewska et le général Reille — aide de camp de l'Empereur — et le capitaine Dreyssé, dans la salle de billard du château de Saint-Cloud; à peine eut-elle lu, qu'elle froissa le papier d'un geste impatient et le jeta à terre.

Cependant la guerre était déclarée au milieu d'un enthousiasme et d'une exaltation extraordinaires. A Saint-Cloud toutefois l'exubérance chez les familiers et les personnages de la cour ne dura pas : on comptait d'abord sur l'alliance de l'Autriche et de l'Italie, et le 25 juillet on était en droit d'espérer la conclusion immédiate d'un traité, lorsque l'énervante et perpétuellement néfaste question de Rome fut soulevée par cette fameuse dépêche : « Si la France défend son honneur sur le Rhin, ce n'est pas pour le sacrifier sur le Tibre. » A partir de ce moment on dut dans le gouvernement

et autour des souverains commencer à douter des concours éventuellement promis, et être moins assuré du succès. Le jour du départ de l'Empereur et du Prince Impérial de Saint-Gloud pour Metz , l'Impératrice, malgré son énergie, parut profondément frappée; à peine rentrée de la gare du parc au château elle envoya ce télégramme à sa mère en Espagne.

«28 juillet, Saint-Cloud.

u A la comtesse de Montijo.

« L'Empereur et Louis viennent de partir. Je suis pleine de confiance dans l'issue finale. Tout le monde bien portant.

« Eugénie. »

Elle s'enferma ensuite dans son petit cabinet où elle avait réuni un grand nombre d'objets, porcelaines, laques, cristaux, pierres diverses d'Orient montées, ayant appartenu à Marie-Antoinette, et d'où par la fenêtre elle découvrait une vue magnifique sur Longchamp et sur le bois de Boulogne. Assez tard dans l'après-midi, elle fit appeler Mlle Redel, depuis Mme Victor Duruy, qui s'était consacrée à l'éducation des demoiselles d'Albe et elle lui ouvrit son cœur : on l'accusait d'avoir voulu la guerre, on lui attribuait ce mot : « C'est ma guerre. » Elle ne l'avait jamais prononcé. Gomment pouvait-on oublier qu'elle avait un fils unique qui partait, et, s'émotionnant au fur et à mesure qu'elle parlait, elle se mit à verser des torrents de larmes.

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