‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 85 sur 194 · EMOTIONS DE L'IMPERATRICE · texte numérisé non relu

EMOTIONS DE L'IMPERATRICE

Mais voici une dépêche qu'on lui remet; elle est du Prince Impérial.

« Metz, 28 juillet.

« Nous avons eu une réception magnifique à Metz et tout le long du chemin de fer. Papa et moi nous nous portons bien. Votre affectionné et respectueux fils.

« Louis Napoléon. »

Aussitôt l'Impératrice se met sur le petit bureau de laque noir qu'elle a acheté à la vente Beauvau et qui a été commandé par Marie-Antoinette pour le palais de Saint-Gloud où elle l'a fait replacer et elle écrit :

« U Impératrice au Prince Impérial.

« J'espère que tu n'es pas trop fatigué et que les émotions de la journée ne te feront pas mal. Je pense bien à toi. Je suis heureuse et fière de te voir partager les fatigues et les dangers de nos braves soldats.

« Eugénie. »

Vers l'heure du dîner la réponse est apportée :

«Metz, 28 juillet.

«Tout va bien. Je ne suis pas fatigué, je viens de visiter les camps. Tous les soldats sont enchantés. Je vous embrasse de tout cœur. Votre affectionné et respectueux fils.

« Louis Napoléon. »

198 CANHOBEHT

Le lendemain 29 juillet l'Impératrice écrit une longue lettre à l'Empereur sur l'état des négociations qui lui paraissent en bonne voie, en raison d'une première dépêche du comte de Beust dont elle donne copie, et d'une autre émanant du marquis Visconti Venosta qui annoncent toutes deux que la question romaine va être vidée. L'Impératrice dans sa lettre se félicite de s'être opposée aux demandes de l'empereur d'Autriche et de son ministre qui nous conseillaient d'abandonner Rome à son sort. Très calme, Napoléon III répond le lendemain matin :

«Metz, 30 juillet, 7 h. 35 du matin.

« Louis va très bien : il a dormi seize heures de suite. Je viens de recevoir ta lettre du 29 et la copie de l'autre. L'intention est bonne, mais je voudrais des actes. Nous t'embrassons tendrement.

« Napoléon. »

A 4 heures de l'après-midi l'Empereur télégraphiait encore.

« Je vais très bien, mais fatigué par la chaleur. Nous t'embrassons tendrement.

« Napoléon. »

Le lendemain un des officiers d'ordonnance de l'Empereur, le capitaine d'artillerie Guzman, apporte à Metz des nouvelles de l'Impératrice. Son caractère droit et sérieux lui ont valu la confiance de la souveraine et elle le charge de dire à l'Empereur qu'elle désire venir à Metz. L'Empereur redoute cette surprise et télégraphie sans perdre une minute :

COMBAT DE SARHEBRÛCK L99

« Malgré mon désir de te revoir, je crois qu'il est mieux d'y renoncer. D'ailleurs il est possible que nous partions d'ici demain. Nous sortons de la messe : lévêque a été très convenable. Nous t'embrassons tendrement.

« Napoléon, h

L'Empereur médite le 31 juillet et le 1er août une attaque sur Sarrelouis ; mais il change d'avis, et tous les projets mis en l'air aboutissent à la petite affaire de Sarrebrûck (2 août) , qu'il raconte ainsi par le fil télégraphique dès qu'il est rentré à Metz :

« 2 août, 5 h. 55 soir.

« A V Impératrice, Saint-Cloud.

« Louis vient de recevoir son baptême de feu. Il a été admirable de sang-froid, il n'était nullement impressionné et semblait se promener au bois de Boulogne. Une division du général Frossard a pris les hauteurs dominant la rive gauche de Sarrebrûck. Les Prussiens ont peu résisté. Il n'y a eu qu'un feu de tirailleurs et de canonnades, nous étions en première ligne. Mais les balles et boulets tombaient à nos pieds. Louis a conservé une balle qui est tombée près de lui. Il y a eu des hommes qui pleuraient en le voyant si calme. Nous t'embrassons tendrement. Je saurai tenir à Vimercati le langage qu'il convient.

« Napolkon. »

Cette dernière phrase est importante ; elle montre que l'Impératrice, sachant que le comte Vimercati était à

Metz porteur d'un traité approuvé de l'Empereur d'Autriche et du roi d'Italie pour prier Napoléon III de le signer, avait insisté auprès de son mari pour qu'il n'en fit rien.

L'Impératrice était en promenade dans le parc avec ses deux nièces, lorsque le télégramme racontant le combat de Sarrebruck arriva à Saint-Gloud. On alla de suite à sa recherche et on le lui remit; elle le lut et le relut à voix haute, tout heureuse et fîère de son fils. Elle courut au corps de garde du château, pour le lire aux voltigeurs qui y étaient, puis elle l'envoya en communication, à titre privé, au Président du Conseil, M. Emile Ollivier. Soit que, sans réfléchir que cette dépêche était d'ordre intime, le ministre l'ait montrée à un reporter du Gaulois, soit que celui-ci l'ait copié subrepticement, le télégramme paraissait le lendemain, en gros caractères, dans le Gaulois, et quoique l'Impératrice ait fait déclarer que c'était par le fait d'une indiscrétion seule qu'on avait pu avoir connaissance d'une correspondance particulière, le texte de cette missive mal interprété servit à ridiculiser l'aimable et sympathique personnalité de l'infortuné Prince impérial.

L'Impératrice quittant le poste des voltigeurs remonta à son petit cabinet et elle écrivit ces deux télégrammes.

« 2 août, 6 h. 32 soir.

« V Impératrice à l Empereur .

« Je suis bien heureuse de la nouvelle que vous me donnez. Elle compense les inquiétudes que j'ai depuis

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