‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 87 sur 194 · SANS NOUVELLES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

SANS NOUVELLES DE LA GUERRE

Il peut être minuit : M. Ghevandier de Valdrôme est dans son cabinet avec MM. de Walcknaer, de Sancy et Durangel, quand un télégramme lui est transmis. C'est la copie d'une dépêche de l'Empereur à l'Impératrice annonçant la double défaite de Forbach et de Frœschwiller : l'Impératrice, en la communiquant, prescrit de convoquer les ministres et annonce son retour à Paris dans la nuit même.

Immédiatement, M. Ghevandier de Valdrôme envoie MM. de Sancy et Durangel réveiller ses collègues et les appeler d'urgence place Beauvau.

Toute cette journée du samedi 6 août, l'Impératrice a été nerveuse; on l'eût été à moins. Dans la matinée elle a été avisée par l'Empereur, que le maréchal de Mac-Mahon avait concentré son corps d'armée à Frœschwiller et demandait un autre corps d'armée de l'armée de Lorraine en renfort. Dans l'après-midi, elle ne tient pas en place, elle sort, fait quelques pas dans le parc, puis remonte dans son petit cabinet et écrit des télégrammes.

Au Prince Impérial : « Tout le monde, à Saint-Gloud, pense à vous, les heures semblent bien longues, mais l'idée d'un beau retour soutient nos forces et nos espérances. »

A l'Empereur : « L'impression produite à Paris a exalté le sentiment patriotique sans ébranler la confiance. J'ai déjà reçu la réponse à propos de la veuve du général Douay. Je compte lui écrire par la poste.

« Eugénie. »

A 3 heures et quart, on lui remet un télégramme de l'Empereur : « Metz, 3 heures. Je n'ai pas de nouvelles

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de Mac-Mahon. Ce matin, les reconnaissances du côté de la Sarre ne signalaient aucun mouvement de l'ennemi. J'apprends maintenant qu'il y a un engagement du côté du général Frossard. Il est trop loin pour que nous puissions y aller. Dès que j'aurai des nouvelles, je te les enverrai. Napoléon. »

C'est au moment où elle reçoit ce télégramme que M. Ghevandier de Valdrôme vient la voir pour lui apprendre l'effervescence de Paris ; à peine est-il reparti que l'Impératrice répond à l'Empereur : a Nous attendons les nouvelles avec une impatience fébrile. Tout semble calme pour le moment. Le conseil se réunira ce soir, ne vous tourmentez pas. Je suis sûre que Paris ne sera pas une cause de difficultés. Courage, cher ami, chacun doit faire son devoir là où les circonstances l'ont placé. Je suis calme et confiante, soyezle aussi. »

A 6 h. 40, elle reçoit encore un télégramme. Le résultat du combat du général Frossard est encore incertain : « J'ai bon espoir » .

Quoique surexcitée par les émotions, les alternatives continuelles de craintes et d'espérances par où elle passe, l'Impératrice est d'une énergie superbe, et dans cette crise terrible qui va durer un mois — jusqu'au 4 septembre — elle n'aura pas un moment de faiblesse, pas le moindre abandon de sa dignité. Elle sera pour tous un exemple de constance, de volonté et de courage, tandis qu'autour d'elle on comptera bien des défaillances.

Vers 7 heures, le duc et la duchesse de Montmorency viennent au château et y amènent le prince de Metternich, qui reste à dîner avec l'Impératrice. Quant à eux,

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