ENERGIE DE L'IMPERATRICE
ils vont à Bougival, villa Staub, passer la soirée chez la princesse de Metternich qui vient d'avoir une fille, et ne sort pas encore.
Vers 11 heures du soir, le prince rentre à Bougival. « L'Impératrice est très énervée, dit-il à la princesse ainsi qu'au duc et à la duchesse de Montmorency qui l'ont attendu, mais il n'y a pas de nouvelles ce soir, elle s'est étendue sur son lit, j'espère qu'elle passera une nuit tranquille. »
Dans le palais de Saint- Cl oud, l'amiral Jurien de la Gravière avec MM. de Brissac et Poniatowski veillent. A minuit, ils sont appelés pour traduire un télégramme chiffré. Ils prennent les tables et lisent : « 350 Mac- Mahon, 27 a, 36 perdu... une bataille sur la Sarre » . Ici, on trouve un point, puis ils continuent à traduire. « Le général Frossard en retraite. » A ces mots, l'amiral Jurien entre dans la chambre de l'Impératrice, il lui répète ce qui vient d'être traduit. La souveraine étendue toute habillée d'une robe marron, se lève d'un bond, va au salon, où M. de Brissac lui lit la fin du télégramme qu'il vient de déchiffrer et qui, d'après ceux qui l'ont vu cette nuit-là, était à peu près conçu en ces termes : « L'armée en retraite — ou en déroute — il faut s'attendre aux événements les plus graves... il faut que nous soyons à la hauteur des circonstances... il faut déclarer l'état de siège et armer Paris... tout peut se réparer... Je n'ai pas de nouvelles de Mac-Mahon. » Ce choc violent, reçu au milieu de la nuit, ne démonta pas l'Impératrice : « Il faut qu'ils aient tous perdu la tête » , dit-elle, et appelant M. de Brissac, elle lui dit d'envoyer copie du télégramme de lEmpereur au ministre de l'Intérieur et de lui prescrire de réunir le
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conseil en le prévenant quelle va, séance tenante, rentrer aux Tuileries; puis passant dans une pièce voisine, elle dicte deux autres télégrammes. D'abord un à l'Empereur pour lui demander de plus amples détails, car elle est étonnée du décousu de la dépêche qu'elle vient de recevoir et ne peut s'en expliquer les derniers mots : «Je n'ai pas de nouvelles de Mac-Mahon. » Gomment sait-on alors qu'il a été battu? puis elle adresse à la princesse Mathilde, à Saint-Gratien, un second télégramme ainsi conçu :
« Saint-GIoud, minuit 35.
u J'ai de mauvaises nouvelles de l'Empereur. L'armée est en retraite. Je rentre à Paris où je convoque le conseil des ministres.
« Eugénie. »
Ensuite, elle prie le prince Poniatowski de faire atteler un coupé et d'aller au plus vite à Bougival, réveiller le prince de Metternich et le ramener, parce qu'elle tient à l'avoir à côté d'elle pour rentrer dans Paris en pleine nuit.
L'écuyer après une course à grande allure arriva vers une heure et demie du matin, sur les bords de la Seine, et là, erra longtemps dans les rues désertes de Bougival. A la fin, un passant attardé lui indiqua la villa Staub. Aussitôt devant, il cria de toutes ses forces : « Metternich! Metternich ! » Au bout d'un instant une fenêtre s'ouvrit, et une forme blanche y apparut, c'était la princesse : « Que voulez-vous? » — « Sa Majesté demande au prince devenir de suite. Je l'attends pour