DEPART NOCTURNE DE L'IMPERATRICE
le conduire à Saint-GIoud. » Un quart d'heure après, le prince de Metternich descendait, et le coupé remmenait vivement à Saint-GIoud. En chemin, le prince Poniatowski le mit au courant de ce qui s'était passé depuis 11 heures. « C'est d'autant plus fâcheux, se contenta de dire l'ambassadeur d'Autriche, qu'une alliance devient impossible maintenant. »
Devant le perron du château de Saint-GIoud un landau était arrêté, attelé de deux chevaux russes tout noirs à longues crinières et longues queues; l'Impératrice, en costume de voyage, toute prête à partir, attendait dans son salon. A peine le prince de Metternich fut-il arrivé que l'Impératrice monta avec lui dans le landau. L'amiral Jurien de la Gravière, MM. de Cossé- Brissac, de Lezay-Marnezia et Poniatowski s'installèrent dans une seconde voiture, et on fila au grand trot pour Paris.
Sur la route, dans le bois de Boulogne, avenue de l'Impératrice et aux Champs-Elysées, pas même un ivrogne noctambule : tout le monde dormait.
Lorsque le landau de l'Impératrice croisa l'avenue Marigny, il s'arrêta un instant : l'ambassadeur d'Autriche en descendit, rentra à pied à l'hôtel de l'ambassade qu'il louait à l'Impératrice qui en était propriétaire. — Cet hôtel, qui a depuis appartenu à M. de Hirsch, est au n° 1 de la rue de l'Elysée au coin de l'avenue Gabriel.
Dix minutes après, l'Impératrice était aux Tuileries. C'est à peine si, prévenus, les serviteurs, qui y étaient restés, avaient ouvert les portes et allumé les lampes; on entra de suite dans la salle du conseil. Le général d'Autemarre et son aide de camp, M. Edmond iv. i4
Dollfus de service depuis minuit, reçurent la souveraine dont les traits décomposés les frappèrent : les salons que l'on traversa avaient l'air d'être vides : les rideaux étaient enlevés des fenêtres; des housses de toile rayée recouvraient les meubles poussés et alignés contre le mur et partout les tableaux, les bustes, les garnitures de cheminées enveloppés formaient de grosses masses informes.
Presque sur les pas de la souveraine, les ministres accoururent, puis le maréchal Baraguay d'Hilliers commandant l'armée de Paris, puis le général Trochu, puis le général de Ghabaud-Latour président du comité du génie, que sur l'ordre de l'Impératrice, MM. de Lezay-Marnezia et M. E. Dollfus étaient allés réveiller; car d'après le télégramme de l'Empereur, il fallait armer d'urgence la capitale. Il était vraisemblablement 3 heures et demie ou 4 heures du matin, lorsqu'un nouveau télégramme chiffré de l'Empereur fut apporté : il répondait à celui de l'Impératrice demandant comment on avait appris les défaites. On n'avait pas reçu à Metz de télégramme direct du maréchal de Mac-Mahon; l'on avait appris sa défaite par le général de Laigle — du moins ainsi traduisait-on un groupe qui, en fait, voulait dire « Colonel Klein de Kleinenberg » , mais personne ne songea qu'il n'y avait pas de général de Laigle et les ministres envoyèrent le télégramme de l'Empereur au Journal officiel où il parut à 1 1 heures tel qu'il était traduit, avec l'erreur.
Dans ce même télégramme l'Empereur annonçait qu'il quittait Metz et se rendait à Saint-Avold pour voir si les corps encore intacts — 3e et 4e corps et la garde — pouvaient prendre une offensive vigou-