‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 90 sur 194 · NUIT DIT 6 AIT 7 AOUT · texte numérisé non relu

NUIT DIT 6 AIT 7 AOUT

reuse avec quelques chances de succès sur l'armée prussienne déjà éprouvée par la bataille de Forbach.

L'Impératrice ouvrit la séance, et lut les télégrammes qu'elle avait reçus. Alors à en croire un des ministres, le général Trochu prit la parole : « Avez-vous lu mon livre? j'avais tout prévu... » et il parla longuement, critiquant tout, choses et gens, n'indiquant aucune mesure, aucun remède. Les assistants étaient agacés, confus, gênés « blessés » même de cette faconde inconvenante, intempestive qui faisait perdre du temps inutilement. D'autres ministres parlèrent ensuite : tous inquiets, convaincus que la défaite allait amener d'ici peu la chute de l'Empire, et leur propre chute.

Les télégrammes succèdent aux télégrammes : tout est changé à Metz depuis tout à l'heure : la gare de Bening étant occupée par les Prussiens, l'Empereur a renoncé à l'offensive à laquelle il pensait à 3 heures du matin; après être monté en wagon il est rentré à la préfecture; maintenant il est question d'une concentration de toute l'armée au camp de Ghâlons et le ministre de la guerre est directement avisé d'assurer le retour immédiat au camp des troupes du maréchal Canrobert en route pour Nancy; un quart d'heure après, il reçoit l'ordre de faire venir à Paris les quatrièmes bataillons demeurés dans les dépôts et dont il peut disposer. Ces dépêches successives montrant le désarroi et le décousu des projets à Metz n'apportent ni la décision ni la netteté dans la discussion des ministres. « Rien ne se décide et on patauge » , a dit un des assistants.

Il faut cependant annoncer le désastre au pays; les ministres composent avec une dépêche de l'Empereur

et une du maréchal Lebœuf un télégramme factice qu'ils font précéder de l'affirmation qu'ils ne cachent rien, et ils signent tous, en datant le document de 6 heures du matin.

Dans le salon, à côté de la salle du conseil, attendent l'amiral Jurien de la Gravière, le général d'Autemarre, MM. Edmond Dolltus, de Brissac, Poniatowski, de Lezay-Marnezia et les chefs de cabinet des ministres. L'amiral Jurien reparle sans cesse de la dépêche de minuit et demie : « Le maréchal de Mac-Mahon sur la Sarre... » C'est une erreur; puisqu'il est en Alsace il n'est pas sur la Sarre qui est en Lorraine; peut-être y a-t-il encore un dernier espoir, d'autant plus qu'on n'a pas de nouvelles directes de son armée et l'amiral veut s'y raccrocher. Mais l'une des personnes présentes rétablit le texte avec la ponctuation exacte : sur la Sarre se rapporte non au maréchal de Mac-Mahon, mais au général Frossard. Hélas, tout est vrai. Déjà il fait grand jour, lorsque, dans la porte du salon vide de meubles où se tiennent debout, se causant à voix basse, comme à un enterrement, les quelques assistants, on voit apparaître une forme de géant. C'est M. Haussmann qui arrive de voyage : en rentrant de la gare par la rue de Rivoli, il a vu du mouvement et de la lumière : il s'est informé, et ainsi prévenu des désastres et de l'arrivée de l'Impératrice, il est accouru, prêt à offrir ses services, car il n'est plus rien.

u Entrez » , lui dit-on, en lui montrant la porte de la salle du conseil toute couverte de toiles grises, et où nul huissier, nulle consigne n'arrêtait les visiteurs. Le voyant, l'Impératrice le remercie et l'invite à assister à la délibération : c'était au moment où l'indécision de

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