‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 91 sur 194 · M. HAUSSMANN · texte numérisé non relu

M. HAUSSMANN

tous et la loquacité de certains élaient à leur comble. Le général Chabaud-Latour, cependant, sur une question de l'Impératrice, déclare que la défense de la capitale exige la proclamation de l'état de siège. Mais il n'y a pour ainsi dire pas de troupes à Paris, objectet-on ; et la discussion continue sans aboutir à rien de pratique; à la fin, M. Haussmann, invité par l'Impératrice à donner son avis, s'exprime nettement, sans phrases : « Il faut séance tenante proclamer l'état de siège, c'est indispensable, pour la sûreté du trône qui va être menacé, et pour la défense du territoire et de la capitale. S'il n'y a pas assez de troupes, il faut faire venir celles restant encore en Algérie et les régiments d'infanterie de marine qui sont dans nos ports. Mais déjà l'amiral Rigault de Genouilly, à la première nouvelle de la défaite, à une heure et demie du matin avait pris sur lui de les appeler à Paris dans les quarante-huit heures; il faut faire une proclamation annonçant ces mesures. L'autorité, le bon sens pratique des avis de M. Haussmann font impression, et l'Impératrice lui demande de rédiger la proclamation. Il se met à l'angle d'une table et écrit. Une fois cette décision prise, l'amiral Rigault de Genouilly et les généraux Dejean et Chabaud-Latour se mettent vite d'accord pour l'exécution des mesures urgentes, et ils le font avec une précision et une justesse qui eurent des résultats aussi favorables que le permirent les circonstances. L'amiral Rigault de Genouilly, homme d'autorité, se mêlait peu aux discussions parlementaires qu'il considérait comme oiseuses. Il avait été à l'École polytechnique avec le général Dejean, et tous deux étaient très liés. Le général Dejean qui n'était que ministre inté-

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rimaire — avant le départ du maréchal Le Bœuf, il était directeur du Génie au ministère, — avait aux yeux de plusieurs de ses collègues le grand défaut d'être modeçte et surtout de ne pas être orateur : mais il savait à fond son métier, avait un grand bon sens, était travailleur et actif.

L'amiral Rigault deGenouilly et lui décidèrent, outre l'appel des régiments d'infanterie de marine à Paris dans les quarante-huit heures, le transport en France des régiments restés en Algérie, et la mise à terre des équipages de la flotte, qui viendraient à Paris constitués en bataillons, tandis que le régiment d'artillerie de marine enverrait de Lorient deux mille artilleurs commandés par le général Pélissier : on leur confierait, ainsi qu'aux canonniers de la flotte, la défense des forts extérieurs de Paris : ils les armeraient et les garniraient d'artillerie, les considérant comme « des vaisseaux échoués » , disait l'amiral Rigault de Genouilly. Voici ces dépèches :

Aux cinq préfets maritimes :

« Déchiffrez vous-même. Bataille perdue. Tous les efforts à faire pour défendre la capitale; suspendez armement des transports, et avisos; organisez les équipages en bataillons et tenez-les prêts à venir à Paris. »

Aux cinq préfets :

« Envoyez immédiatement à Paris les régiments d'infanterie de marine; qu'ils arrivent le 9 et le 10. »

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