‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 92 sur 194 · MESURES DE DEFENSE · texte numérisé non relu

MESURES DE DEFENSE

Au préfet de Lorieni :

« Envoyez à Paris toutes les batteries d'artillerie : envoyez le général Pélissier avec les troupes (2,000 artilleurs) . »

Le conseil se sépara vers 6 heures du matin. Le général de Ghabaud-Latour se rendit directement 12 rue Saint-Dominique, au comité du génie, où habitait le secrétaire, le colonel Segretain. Il eut avec cet officier une longue conversation. L'Impératrice, lui dit-il, avait appelé, cette nuit, aux Tuileries, les ministres, les membres du conseil privé et quelques militaires. Elle avait lu des dépêches annonçant les défaites et Ton avait décidé des mesures que le comité du génie devait cette après-midi — quoique ce fut dimanche — mettre à exécution; il fallait que le colonel Segretain convoquât sans perdre une minute tous ses membres pour une heure.

Le général de Ghabaud-Latour ajouta qu'il avait été impressionné par le courage digne et simple de l'Impératrice : « Ne vous occupez pas de l'Empereur et de mon fils, mais uniquement du pays » , avait-elle dit.

Dans la journée le comité décida la construction de casemates, de magasins de siège dans les forts et sur les remparts, l'établissement de ponts-levis et de fermetures aux portes, aux lignes de chemin de fer et au lit de la Seine, le tracé de nouveaux forts ou ouvrages extérieurs et l'organisation de la défense de Saint-Denis.

Rentrés vers G heures, les ministres retournèrent encore aux Tuileries vers 8 heures. Aussitôt réunis.

2iG CAINHOBEUT

l'Impératrice leur lit de nouvelles dépêches annonçant la retraite générale de l'armée sur Châlons : les ministres approuvent et l'Impératrice le fait télégraphiera l'Empereur, puis on parle de la situation intérieure.

Par bonheur, les Chambres sont en congé, et voilà cependant que plusieurs ministres ont l'inconcevable idée d'en demander la convocation. Lorsque les difficultés, les embarras sont si grands, comment vouloir y ajouter encore la plus grosse et la plus dangereuse des calamités, celle d'avoir un parlement en temps de crise, quand il faut agir et non parler?

Et trois ministres menacent l'Impératrice de donner leur démission devant l'invasion, si elle ne convoque pas les députés, si bien qu'elle est obligée de céder : un décret illégal — car l'Empereur seul peut convoquer la Chambre — est rédigé; les Chambres sont convoquées pour le 11 août. Le décret paraîtra à Y Officiel dans la journée.

On dirait les Grecs du bas-Empire discutant du sexe des anges, lorsque le canon des Turcs fait brèche dans les murailles de Byzance.

Pendant cette discussion l'Impératrice reçoit encore deux dépèches de Metz : une de l'Empereur de 8 heures 25, disant que l'on n'avait pas de nouvelles de Frossard, et une du Prince Impérial dont la jeunesse enjouée et insouciante n'était pas effleurée par ce malheur : » Metz 8 heures 35, écrivait-il, nous allons bien papa et moi. Papa s'apprête à faire un mouvement pour couper les Prussiens ; tout le monde est content à Metz.

Louis. »

Page 1