ASPECT DE PARIS
Les ministres se séparent vers 11 heures pour revenir encore aux Tuileries à 2 heures Pendant leur conseil de 8 heures du matin se passa, au cabinet du ministre de la guerre rue Saint-Dominique, un incident qui frappa les officiers d'ordonnance du ministère et que ceux qui vivent à l'heure actuelle se rappellent : le colonel de Glermont-Tonnerre chef du cabinet dictait des lettres ou des dépêches, quand le général Trochu entra dans leur bureau et les prenant comme auditeurs, il commença : « Avez-vous lu mon livre... j'avais tout prévu... » Ces officiers avaient à travailler, ils ne savaient comment éviter ce discours ; ils continuèrent leur besogne, ce qui n'arrêta pas l'intarissable général.
Le dimanche, 7 août 1870, il faisait à Paris un temps splendide et le soleil autant que la chaleur avaient chassé beaucoup de citadins de leurs demeures dès le matin. Vers 10 heures, les affiches clairsemées de la proclamation du conseil des ministres parurent sur les murs et les numéros supplémentaires de Y Officiel donnant la proclamation et les dépêches arrangées furent mis en vente dans les kiosques des marchands de journaux : placards et journaux eurent d'abord peu de lecteurs; mais peu à peu les mauvaises nouvelles se répandirent et lorsque vers une heure ou deux heures, après déjeuner, la foule envahit les gares des lignes de banlieue, pour aller passer l'après-midi à la campagne, ce fut une explosion, et les récriminations et les malédictions commencèrent : « C'est la faute de l'Empereur, c'est la faute de Le Bœuf, c'est la faute de Frossard, de Failly, etc. . . Voilà ce que c'est que de prendre des généraux de salon... c'est surtout la faute du minis-
tère. »Lon ne peut croire aujourd'hui à quel degré invraisemblable d'impopularité tombèrent dès ce moment les ministres qui avaient déclaré la guerre.
Personne ne voulait penser que c'était la faute de toute la nation et que chacun en particulier, à un bien petit nombre d'exceptions près, avait demandé et acclamé la guerre.
Dans la matinée un ministre avait été parler à l'Impératrice du remplacement du général Dejean par le général Trochu au ministère de la Guerre. Le général Trochu est orateur... il est populaire. Le général Dejean, au contraire, est inconnu et n'apporte aucune force à ses collègues, tandis que le ministère, en s'adjoignant le général Trochu, profitera de sa popularité.
L'amiral Rigault, qui apprend cette combinaison, en prévient le général Dejean : aussi celui-ci, lorsque dans l'après-midi les ministres se réunissent de nouveau aux Tuileries, s'adresse à l'Impératrice et lui expose qu il considérerait sa retraite du ministère en ce moment comme une fuite, mais que si l'on a besoin de sa place, il sera trop heureux d'aller reprendre son commandement à côté du maréchal de Mac-Mahon, à l'armée du Rhin.
L'Impératrice le remercia et le pria de conserver ses fonctions.
L'Impératrice, malgré tout, a-l-clle fait une démarche auprès du général Trochu dans la matinée du 7 août? L'amiral Jurien de laGravière et M. Schneider, à en croire le général Trochu, seraient venus en son nom lui offrir la présidence du conseil et le soin de former un ministère; mais il est impossible de croire un seul mot du général Trochu; qu'on en juge : il a