‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 94 sur 194 · M. ROUHER · texte numérisé non relu

M. ROUHER

écrit, en 1872 et 1873, deux livres. L'un : Pour la vérité et la justice; F a Litre : la Politique et le siège de Paris. Dans le premier, page 83, il écrit à propos de cette journée du 7 août : « Le commandement de Paris m'a été offert officieusement... » Dans le second, page 53 : « Je nie formellement que le commandement de Paris m'ait été offert. »

A 2 heures de l'après-midi, les ministres et les membres du conseil privé sont réunis aux Tuileries ; plusieurs d'entre eux, entre autres M. Rouher qui était la veille et le matin à sa propriété de Gercey et qui vient d'en arriver, n'assistaient pas à la séance de la nuit et à celle du matin. Pour ceux-là, l'Impératrice, en ouvrant la séance, rappelle que la retraite et la concentration de Ghâlons décidée à Metz ont été « approuvées dans la matinée par le conseil des ministres » .

A cette communication, M. Rouher proteste : abandonner l'Alsace, la Lorraine et une partie de la Champagne, c'est inadmissible. Il n'y a pas à envisager uniquement la position stratégique, « il faut aussi tenir compte du moral du pays et chercher, dans une passe aussi terrible, à le remonter et non pas à l'abattre; or, la retraite jusqu'à Ghàlons, dès qu'elle sera connue, produira un effet néfaste; avant de s'y résoudre, il faudrait savoir si c'est d'une nécessité absolue. »

Sur ces observations, les ministres qui avaient approuvé par un télégramme envoyé à l'Empereur la retraite sur Ghâlons, demeurent d'abord décontenancés, hésitent, puis, peu à peu persuadés, retournés par la parole de M. Rouher, finissent par se ranger à son avis, et leur président env îe ce nouveau télégramme à l'Empereur :

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« Nous avons répondu un peu vite ce matin sur l'effet de la retraite de Ghàlons. L'effet ne sera pas bon... Dejean n'inspire confiance à personne, dans le public : il est probable que si nous ne prenons pas l initiative la Chambre le renverra. Je demande à Votre Majesté de m'autoriser à signer, en son nom, le décret qui nomme ïrochu : l'effet sera infaillible.

« E. Ollivier. »

Le ministère affolé est de plus en plus persuadé que la popularité du général Trochu le sauvera, et M. Emile Ollivier, sans attendre la réponse de l'Empereur, va renouveler ses instances, que le général repousse.

A 2 heures et demie, l'Impératrice, satisfaite des mesures militaires décidées dans la matinée et déjà en voie d'exécution, télégraphie à l'Empereur :

« Dans vos opérations militaires, ne vous préoccupez pas de l'opinion de Paris. L'important n'est pas de faire vite mais de bien faire... Dans trois jours, nous aurons à Paris 29,000 hommes de bonnes troupes, plus les quatre régiments d'Afrique. Avec la garde nationale, il sera facile de les porter à 40,000 hommes. On se maintiendra facilement, si une armée tient la campagne. L'audace avec laquelle ils procèdent leur sera fatale, si nous ne prenons pas une revanche trop vite. »

Dans cette séance où l'Impératrice s'absente par moments ainsi que le chef du cabinet pour dicter ou écrire des télégrammes à l'Empereur, les ministres discutent sur l'opportunité de la présence du Prince Impérial à l'armée et émettent l'avis que, vu les dangers qu'il y court, le prince devrait revenir à Paris. Ils s'inquiètent aussi de la santé de l'Empereur : peut-être

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