‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 95 sur 194 · T É L É G R A M M E S E C II E T · texte numérisé non relu

T É L É G R A M M E S E C II E T

n'est-il pas en état de commander? Les ministres comptent sur M. Maurice Richard qui est en ce moment à Metz pour leur dire à son retour ce qu'il en est.

La conclusion de cette discussion ne manque pas de piquant. A peine les ministres ont-ils demandé le retour du Prince Impérial à Paris, que M. E. Ollivier télégraphie à l'Empereur :

« A l'unanimité, le conseil des ministres et le conseil

privé croient qu'il serait bon que le Prince Impérial

revînt à Paris.

a E. Ollivier. »

Et l'Impératrice y ajoute :

» Je n'ai pas cru devoir m'y opposer.

« Eugénie. »

Puis avec son chiffre spécial, elle fait suivre ce télégramme des ministres approuvé par elle de celui-ci :

« Pour des raisons que je ne puis pas expliquer dans cette dépêche, je désire que Louis reste à l'armée et que l'Empereur promette son retour sans le faire effectuer; le conseil des ministres et le conseil privé pensent unanimement, au point de vue politique, que la concentration stratégique des forces militaires sera approuvé par le pays. »

Ainsi l'Impératrice est en contradiction complète avec les ministres, et pour expliquer à l'Empereur ce qu'elle ne peut dire dans une dépèche, elle fait mander par télégramme, auprès d'elle et d'urgence, le capitaine de vaisseau Charles Duperré qui commande le Taureau à Cherbourg, et en qui, à juste titre, -elle a une confiance absolue.

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L'heure s'avançant, les ministres se séparent et rentrent chez eux. M. Ollivier a fait appeler au ministère de la justice le général Trochu qu'il veut décider à devenir son collègue, mais il emploie, en vain, toutes les ressources de son éloquence, et une heure après avoir quitté les Tuileries, il télégraphie de la place Vendôme à l'Impératrice :

« Le général Trochu vient de me déclarer qu'il ne peut pas prendre le ministère de la Guerre et qu'il faut le laisser. » En même temps, l'Impératrice reçoit de Metz une dépêche de l'Empereur annonçant que nulle part l'ennemi ne poursuit nos troupes, et que le corps du général Frossard s'est concentré à Puttelange. Elle répond :

« J'ai reçu votre dépêche, j'en suis très contente. Pour moi, il est évident que nous aurons un succès, si nous ne nous pressons pas. E. Ollivier vient de m'adresser cette réponse : « Trochu vient de me déclarer qu'il « ne peut prendre le ministère et qu'il faut le laisser. »

Puis, peu après, elle télégraphie de nouveau à Metz ces lignes qui sont grosses de conséquences, car on y voit pour la première fois le nom du maréchal Bazaine :

« L'opinion est montée à Paris contre le maréchal Le Bœuf et le général Frossard. On les accuse d'avoir amené les défaites. Entendez-vous avec le maréchal Bazaine pour les opérations à venir. »

A 6 heures du soir, l'Empereur fait savoir que l'on n'a encore que des « détails très vagues » et que « l'on dit qu'il y a eu plusieurs charges de cavalerie. »

A Paris, particulièrement sur les boulevards, à partir de 4 heures, les groupes se sont peu à peu formés, et

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