ANGOISSE CROISSANTE
vers 9 heures, de la Madeleine à la Bastille, la foule est débordante. On lit les journaux, on discute; on conspue le ministère; il faut mettre les ministres en arrestation... Tout ce qui arrive est de leur faute...
Ceux qui ont vécu ces jours-là se rappellent la terrible angoisse qui torturait les cœurs.
Anéantis, trompés dans notre foi aveugle, tous, il faut le dire, nous avions désiré la guerre, croyant, dur comme roche, à l'invincibilité de notre armée, ne cessant de répéter comme un axiome que : « Là, où est le soldat français, là est la victoire » , et maintenant brutalement détrompés par le coup terrible qui brisait nos espérances et notre enthousiasme trop violent des premiers jours, nous maudissions les ministres. Porteparoles du pays, tous, depuis Sadowa, s'étaient opposés, comme députés, aux armements déclarés indispensables par l'Empereur, le maréchal Niel et M. Thiers; devenus ministres depuis six mois, ils avaient diminué le contingent, arrêté toutes les mesures en cours d'exécution et crié bien haut qu'ils désarmaient. Aussi leur reprochait-on les défaites et il leur était devenu impossible de gouverner en raison de leur impopularité En fait, une seule autorité restait à Paris, celle du maréchal Baraguay d'Hilliers.
Dans la nuit du 6 au 7, l'Impératrice, en partant de Saint-Gloud pour Paris, n'avait fait réveiller ni ses nièces — les demoiselles d'Albe — ni les dames de sa maison — la maréchale Pélissier, la comtesse Glary, Mme de Rayneval et Mlle de Larminat. Le dimanche matin seulement, elles apprirent les événements. Toutes furent bientôt prêtes, et partirent retrouver l'Impératrice.
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Peu de temps après leur départ, la maréchale Ganrobert, qui n'avait pas eu de nouvelles dans la journée du 6, se présente au château de Saint-Gloud. Il était 9 heures.
Elle ne voit personne au perron; elle entre. Le vestibule est vide. C'est dimanche. On est à la messe sans doute. Elle monte l'escalier : toujours personne. Il y a cependant des malles sur le palier. Les portes sont toutes grandes ouvertes. On dirait qu'on est parti subitement. Elle circule partout : toujours personne. A la fin, elle rencontre une employée à la lingerie, occupée à emballer et qui la met au courant du départ de la nuit et du matin.
Elle retourne à Paris, va directement aux Tuileries où l'Impératrice la reçoit et lui remet une copie du télégramme qu'elle vient de recevoir et que la maréchale a gardé dans ses papiers.
« Metz, 7 août, 8 heures 30 matin.
« Pour nous soutenir ici, il faut que Paris et la France consentent à de grands efforts de patriotisme. Ici on ne perd ni le sang-froid, ni la confiance, mais l'épreuve est sérieuse. Mac-Mahon, après la bataille de Reichshoffen, s'est retiré en couvrant la route de Nancy. Le corps de Frossard a été fortement atteint. On prend des mesures énergiques pour le défendre.
« Le major général est aux avant-postes.
« Napoléon. »
Pendant que l'Impératrice dans l'après-midi préside le conseil des ministres et le conseil privé, les