LE PARTI REPUBLICAIN
députés de la gauche présents à Paris se réunissent. Au 18 de la rue de la Sourdière, voie étroite, sombre et sale qui va de la rue Saint-Honoré à la rue Gomboust, est une maison sinistre à laquelle d'énormes grilles, dont les barreaux sont terminés en pointes, donnent un aspect de prison; c'est là que les députés de l'opposition ont établi le siège de leurs réunions et c'est là qu'ils décident de demander la convocation immédiate des Chambres et chargent leur chef, M. Jules Favre, d'aller présenter leur requête à M. Schneider. A la demande du chef de la gauche, le Président du corps législatif répond que les ministres ont été au-devant de son désir et de celui de ses amis, et qu'un décret va paraître à Y Officiel annonçant la convocation pour le Il août. Cette date paraît trop éloignée au député et il insiste pour la réunion immédiate — pour le lendemain lundi. — M. Schneider promet de transmettre ses observations, et en effet sur son intervention, les ministres, dans la soirée, coupent la poire en deux, et décident la convocation pour le 9. Ainsi dans le numéro de Y Officiel paru le lendemain 8, on peut voir à la fois deux décrets, le premier convoquant la Chambre le II, le deuxième la convoquant le 9.
Dans la matinée du lundi 8 à Metz, l'Empereur, sur la lettre que lui a envoyée le lieutenant-colonel Fay, a prescrit la réunion sous Metz des corps de l'armée de Lorraine, et sous Paris la création dune nouvelle armée, dont le (V corps, aux ordres du maréchal Canrobert, sera le premier élément.
C'est à 10 heures que l'Empereur a pris cette décision. A 10 heures 25, il a prévenu le ministre de la Guerre et envoyé le général Reille au camp de Chàiv. 15
Ions pour aviser le maréchal Canrobert. Mais auparavant il a télégraphié à l'Impératrice :
» La retraite sur Châlons devient trop dangereuse. Je puis être plus utile en restant à Metz avec 100,000 hommes bien organisés. Il faut que Canrobert retourne à Paris et soit le noyau d'une nouvelle armée. Ainsi deux grands centres : Paris et Metz. Telle est notre conclusion. Prévenez-en le conseil. Rien de nouveau.
« Napoléon. »
L'Impératrice répond : elle veut persuader l'Empereur que Paris est calme et que la révolution n'y est pas à craindre. Elle est préoccupée — et elle a raison — de concentrer pour l'action, devant l'ennemi, le plus grand nombre de forces. De plus l'arrivée du général Ghangarnier dont on lui a annoncé la présence à Paris l'inquiète. Elle redoute ce nouveau venu, auquel l'exil et la disgrâce donnent une auréole particulière. Peut-être l'opinion et les députés vont-ils le désigner pour être à la tête d'une armée? Elle pense alors au général Palikao demeuré à Lyon pour un grand commandement actif, et elle dicte au lieutenant de vaisseau Gonneau la dépêche suivante à l'Empereur :
« Paris, 8 août, 10 heures du matin.
« Ne vous préoccupez pas de Paris, j'en réponds. Nous nous occupons aussi de former une armée ici. Ne vous privez pas de Canrobert. Vous n'aurezjamais trop de monde. Nous avons appelé Palikao pour former une armée à Paris. L'opinion le désigne. Changarnier arrivé