‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 98 sur 194 · GÉNÉRAL PALIKAO · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL PALIKAO

ce matin a demandé une audience au ministre. Essentiel prévenir demande en envoyant Palikao. »

Il semble que les ministres aient fait quelque résistance au choix du général Palikao, car ce n'est qu'assez avant dans la soirée que M. E. Ollivier lui télégraphie en le prévenant qu'un train spécial est à sa disposition.

A Metz, M. Maurice Richard voit l'Empereur (dans la journée du 7 et la matinée du 8), et il le trouve a affalé, absorbé sur sa carte, ne répondant rien. Poussant des soupirs et se tenant le côté gauche, de temps en temps il répète : « Quel malheur! » Mais pas un mot de récrimination... Son dos voûté, ses mouvements si lents donnent à M. Maurice Richard l'impression d'un homme qui est au bout de la vie et que la souffrance et la maladie mettent hors d'état de commander. La veille et dans la journée, le général Lebrun et MM. Davillier et Franceschini Pietri lui ont conseillé de rentrer à Paris et de remettre le commandement au maréchal Bazaine. Tous les ministres à Paris pensent de même. L'Impératrice conseille aussi la remise du commandement au maréchal Bazaine ; mais, par contre, à l'idée que l'Empereur peut revenir à Paris, elle se cabre toute droite et lui adresse directement la réponse à la dépêche de M. Franceschini-Pietri proposant son retour dans la capitale. « Avez-vous réfléchi à toutes les conséquences de votre rentrée à Paris sous le coup de deux revers. » Et l'Empereur cède, comme toujours, aux colères de l'Impératrice; car c'est ce qu'il redoute le plus au monde. Il renonce ainsi à revenir, abandonne le projet de la constitution de deux armées, l'une à Metz et l'autre à Paris, et le soir même, décide

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que le 6e corps sera appelé à Metz que les Ier, 5e et 7e corps devront chercher à y venir aussi. Et, pour disposer dans une bataille de toutes les troupes réunies autour de la ville, il demande l'envoi de huit quatrièmes bataillons à Metz, qui constitueront la garnison de la place que l'armée n'aura plus à fournir.

Le soir, l'Empereur épuisé ne peut dîner : il se couche. Vers 7 heures, il fait appeler le capitaine Pierron, et, lui montrant plusieurs dépêches entassées sur la table de nuit à côté de son lit : « Voulez-vous me les lire? » Et le capitaine commence. A la deuxième ou troisième l'Empereur l'arrête. « Je souffre trop... je n'en peux plus... Laissez-moi... » Vers 10 heures du soir, le capitaine Vosseur, revenant de Puttelange, où il a vu le général Frossard, est introduit. Il voit l'Empereur couché, somnolant, mais qui trouve cependant moyen d'être aimable et de le remercier.

A Paris le lundi 8 août, vers midi, l'Impératrice fit appeler M. Chevreau, préfet de la Seine. En 1868 lors de la mort de M. de Moustier et en décembre 1869 l'Empereur avait voulu l'avoir comme ministre de f Intérieur, mais les deux fois M. Chevreau avait refusé. L'Impératrice, sachant que l'Empereur le jugeait capable d'être un véritable homme d'État, lui demanda de se charger de constituer un nouveau cabinet, parce qu'elle prévoyait que celui en fonctions tomberait le jour de la réunion des Chambres, « si toutefois une émeute dans Paris ne l'obligeait pas à démissionner auparavant » .

M. H. Chevreau exposa « qu'après les revers et au moment où le sol de la France était envahi, seul, un cabinet présidé par un militaire pouvait donner satisfac-

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