PLUS ETRE QUE PARAÎTRE
il au 20 septembre, lorsqu'on lui demanda son consentement pour s'emparer de la ville des papes. Durant la guerre de 1859, nous le verrons chaque dimanche assister solennellement à la messe malgré ses fatigues e! ses occupations multiples. Le clergé italien l'adorait comme le reste du peuple; ainsi, lors de l'annexion des Uomagnes, le général Bourbaki qui commandait à Crémone vit, lorsque le Roi passa par cette ville, trois cents prêtres accourus de tous les coins de la province se prosterner devant lui pour témoigner leur admiration et leur dévouement au fondateur de l'Italie.
Comme ses ancêtres, le comte Vert ou Amédée aux blanches mains, il avait la passion de la chasse; mais par-dessus tout il aimait la guerre et la vie des camps : « La guerre, je ne désire que ça. Je suis heureux d'être en campagne au milieu de mes soldats » , disait-il au capitaine Tordeux.
Il est tout joyeux au moment où il reçoit le maréchal Canrobert; c'est qu'il vient de signer, une heure auparavant, un décret par lequel il se décharge de tous les pouvoirs royaux sur le prince de Garignan : « Maintenant, s'est-il écrié, en jetant à terre la plume dont il vient de se servir, je vais me battre et je ne signerai plus. »
Tel était le prince qui avait pris pour devise : « Plus être que paraître. »
Aussitôt après avoir adressé ses souhaits de bienvenue au maréchal et aux généraux français, le Roi les introduisit dans une grande pièce, haute de plafond et d'aspect bizarre : sur une table et sur des fauteuils, un peu partout, des sabres, des pistolets, des cigares, des dépêches, des cartes, des journaux et des lettres
déchirées; au mur, un papier arraché par plusieurs endroits et raccommodé avec d'autres papiers. Les portes surtout, qui étaient peintes en blanc et criblées de trous, intriguaient les visiteurs. Le Roi, s'en apercevant, leur dit : « Vous êtes ici dans mon cabinet; il n'est pas très rangé. » Et montrant les portes à l'état d'écumoire : « Quelquefois je tire au pistolet dans mon cabinet et mes portes blanches me servent de cibles. » Puis, changeant de conversation, il exposa la situation : « Les Autrichiens n'ont pas encore bougé ; mais ils peuvent marcher sur Turin qui n'est défendu que par la ligne de la Dora. C'est cette position que je propose d'aller voir pour juger de sa force et décider si nous devons l'occuper ou l'abandonner. »
Des voitures attendaient : dans la première, le Roi monta avec le maréchal Canrobert et le général La Marmora.
Dans les autres suivirent les généraux Niel et Frossarcl, Délia Rocca, Gialdini et Menabrea ; les commandants Berthaut et Petit, et le capitaine Segretain.
Vers une heure, le Roi et les généraux arrivaient sur le bord de la rivière.
« A l'endroit où nous mettons pied à terre, m'a raconté le maréchal Canrobert, la Dora forme un coude. Elle arrive dfoit devant nous pour s'enfuir à droite en un torrent rapide entraînant des cailloux et clapotant continuellement. De la rive droite où nous sommes, nous dominons la rive opposée de trois ou quatre mètres, et des prairies superbes s'étendent à perte de vue : en face, au contraire, le sol rocailleux est couvert de forêts de bouleaux chétifs et d'aulnaies assez dénudées.
« A cent mètres, un paysan, qui conduit une char-