A STOCKHOLM
« terais pas encore envers elle de ce que je lui dois. » Lorsque, à l'agonie, on lui transmettait les compliments de Louis-Philippe : « Il y a donc un Français qui s'in- « téresse encore à moi?... Oh! j'ai été vaincu par les « événements. » Et quand il meurt son dernier cri est : « Dire que j'ai été maréchal de France et que je ne « suis plus que roi de Suède ! »
« Et ce petit postillon des Pyrénées, qui faisait l'ad mi ration des galvaudeux de Pau par la façon dont ù sonnait du cor, meurt à quatre-vingts ans le doyen dei rois, l'avant-dernier des douze maréchaux de Napoléon, avec sur son bras cette inscription indélébile : « Mort au Tyran » , témoignage irrévocable du Gascon qu'il était!... »
Les conversations de l'amiral Virgin firent trouver courts au général Canrobert les deux jours de wagon qu'il mit pour atteindre Hambourg, où il s'arrêta.
A son arrivée dans cette ville, et dans tous ies endroits où le train avait stationné, la foule était venue pour le saluer, et sur tout son parcours à travers l'Aliemagne il avait entendu le cri de : «Vive la France 1 Vive Canrobert ! »
De Hambourg il gagna Stockholm, où il arrivait le 6 novembre.
« Il est dix heures du matin, nous a-t-il raconté, lorsque nous pénétrons dans le bras de mer à l'extrémité duquel s'élève Stockholm. Le temps est clair et froid, pas de vent : nous sommes dans un Bosphore septentrional dont les berges sont couvertes de prairies et de jardins: à droite s'étend le Djurgarden, le Bois de Boulogne de la Suède, avec ses plates-bandes, son champ de courses, ses constructions rustiques et ses arbres merveilleux.
« Dans le fond, nous voyons la flèche de l'église de Riddarholm — l'abbaye de Saint-Denis des rois Scandinaves — puis nous entrons dans un vaste estuaire et devant nous le palais royal aux lignes régulières et simples s'élève sur un rocher et, tout autour, sortant de l'eau à des hauteurs inégales, nous distinguons d'autres rochers aux sinuosités sans nombre. Sur ces îles est Stockholm, ville faite d'un mélange de ponts gigantesques, de squares, de palais, d'églises, de maisons rouges, de canaux, de bassins et de ports où circulent les navires dont les mâts émergent au-dessus des toits et se mêlent aux tiges des arbres que l'on trouve un peu partout.
« Aux reflets éteints et blafards d'un soleil polaire, palais, maisons, monuments et arbres dépouillés de feuilles et couverts de givre et de neige semblent saupoudrés d'argent.
« Le bateau vient s'amarrer au gigantesque quai de la place du Palais, couverte de monde. Des gardes sont échelonnés le long du débarcadère avec une compagnie en bataille qui me présente les armes. A peine aije paru sur la place que la foule, qui est énorme, crie : « Vive la France! Vive le général Ganrobert! »
« Un officier en grande tenue, le capitaine Bjornstern, aide de camp du Roi, vient au-devant de moi, m'annonce qu'il est mis à ma disposition durant mon séjour et me prie de monter dans une voiture que le Roi a envoyée pour me conduire à l'hôtel Brunkeberg. La ville me paraît des plus animées; partout les passants s'arrêtent, saluent et crient : « Vive la France ! » Deux soldats de la garde sont en faction devant l'hôtel. Un Français, ancien cuisinier de Bernadotte, a monté