MISSIVES DE CAVOUR
centre entre Gasal, Valence et Alexandrie; le Roi part pour Valence. Urgent d'envoyer un administrateur supérieur pour organiser le service des vivres afin d'éviter confusion. Le duc de Cambridge demande au Roi d'envoyer le colonel Gadogan à son quartier général. Gadogan est très piémontais. Qu'en pense l'Empereur?
\u G. Gavour. »
A l'Empereur qu'il jugeait plus nécessaire de réchauffer, il télégraphiait :
« Turin, 1er mai.
« Comte de Cavour à V Empereur,
« L'armée autrichienne, forte de 100,000 hommes, marche sur Gasal et Valenza. Il est probable qu'elle attaquera nos lignes demain. Nos forces sont insuffisantes. Il nous faudrait la division Durando. Je prie Votre Majesté de me faire savoir si nous pouvons l'appeler à Alexandrie. »
La troisième lettre adressée à une dame de son intimité le montre plein de crânerie et décidé à la lutte :
« Chère Blanche
« Quel heureux hasard que tu ne sois pas à Turin, caries nouvelles sont de plus en plus mauvaises. Les Autrichiens s'approchent et le Roi ne s'émeut pas. Il n'est pas certain qu'ils viennent à Turin, mais c'est probable.
Nous sommes décidés à nous défendre à outrance. J'ai confiance dans la Providence et le courage des Piémontais.
«Je t'embrasse. »
Le maréchal Ganrobert s'occupa immédiatement de réglementer le transport de ses troupes par chemin de fer et, dès le soir même, sa première brigade (général Collineau) arriva et traversa la ville pour gagner la gare d'Alexandrie.
Son passage fut l'occasion d'une ovation indescriptible. Quand les Turinois virent apparaître les sapeurs avec leurs bonnets à poil et leurs tabliers blancs en une seule ligne, tenant leur hache de la main droite et de la gauche des éventails de papier à couleurs criardes que leur avaient donnés des jeunes filles, ce fut du délire et de la stupéfaction, car les bonnets à poil étaient inconnus en Piémont. C'étaient des cris, des applaudissements, des pluies de fleurs ; des enfants et des femmes aux cheveux noirs brillants offraient des cerises et des roses dans des corbeilles; des hommes tendaient des cigares. Une centaine de petites filles ensemble formaient un groupe particulièrement exubérant : c'était un pensionnat qui s'était échappé de ses salles d'étude malgré les maîtresses.
« L'enthousiasme était d'autant plus grand que la population s'attendait à voir les Autrichiens, et c'étaient les Français qui arrivaient en sauveurs. Les soldats souriant, avec des fleurs au bout des fusils et aux capotes, s'avançaient au pas cadencé en une longue colonne au milieu de la joie, des cris, des vivats et des mouchoirs blancs qui s'agitaient et des roses qui n'arrê-