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DANS LA VOITURE DU ROI

moi, aucune dépêche ne venant nous déranger, nous passâmes une excellente nuit.

« Au matin, on ne signalait aucun mouvement des Autrichiens. J'avais donc une matinée pour continuer l'organisation des transports de Suse à Alexandrie. Dans la journée, j'irais établir mon quartier général dans cette place.

« Je m'installais dans le palais d'Alexandrie, continuait le maréchal Ganrobcrt, quand je vis arriver un officier d'ordonnance du Roi : le capitaine Charles de Foras, petit-neveu de Joseph de Maistre, qui depuis, devenu Français, a commandé, en 1870, les mobilisés de la Savoie.

« Le capitaine m'exposa que le Roi lui avait dit de faire atteler une calèche avec des valets de pied à grande livrée rouge et de me ramener le plus vite possible. J'étais occupé à dicter des ordres ; je priai en conséquence le comte de Foras de m'attendre quelques instants; puis je lui proposai de m'accompagner. « Vous n'avez jamais assisté, monsieur le comte, à « une revue de troupes françaises; venez, vous verrez « une brigade arrivée ce matin. » Le comte accepta. Avec le capitaine de Molènes il m'aida à me mettre à cheval, car je souffrais toujours de mon anthrax. La revue aussitôt passée, je montai dans la voiture du Roi, toujours avec le comte de Foras et le capitaine de Molènes ; en route, j'interrogeai le comte sur la situation : a Elle est grave, nous sommes très inférieurs en « nombre. — Oui, mais nous sommes là, maintenant. « — Mais, combien avez-vous de troupes avec vous, « monsieur le maréchal? — J'ai 6,000 hommes. — « C'est bien peu! — Oui, mais vous oubliez que ce

n sont des Français, » répondis-je et le comte de Foras s'inclina.

« Vers quatre heures, nous arrivions à San Salvator. Le Roi était sur la route; de loin il me cria : « Monte/ « avec moi dans la tour, nous jugerons mieux de la « situation. »

« Nous faisons l'ascension, suivis du général Délia Rocca, un excellent ami, toujours prêt à rendre service et chef d'état-major consommé. Arrivé en haut, je reste un instant transporté parle spectacle sublime qui se présente à ma vue. On voit, à des distances extraordinaires, un pays boisé d'un vert sombre, montueux et tourmenté à gauche, plat à droite. Dans le touffu des arbres se déroulent les contours du Pô. Sous le soleil, ses eaux forment une coulée d'acier en fusion qui, parfois, se cache sous la verdure et reparaît un peu plus loin toujours sinueuse et brillante. Encore essoufflé de cette ascension menée grand train, le Roi m'annonce que les Autrichiens ont passé le Pô et marchent sur Novi : « C'est ce qu'ils peuvent faire de plus adroit, « répondis-je. — Oui, ajoute le Roi, mais ne trouvez- « vous pas notre position trop étendue? — C'est très « vrai, il faut 100,000 hommes pour l'occuper, et u ils y seront d'ici peu, j'espère. — Oui, mais les « Autrichiens n'attendront pas; ils marchent sur « Gênes et ils vont nous couper des troupes de Bara- « guay-d'Hilliers. N'êtes-vous pas d'avis d'occuper « Acqui? » Nous examinons les cartes quand arrive La Marmora qui n'est pas partisan du mouvement : on en suspend l'exécution et peu après on nous annonce que ce n'est pas l'armée autrichienne qui a passé le Pô, mais une seule patrouille de uhlans! « On a

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