‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 117 sur 255 · UNE DÉPÊCHE MAL TRANSMISE · texte numérisé non relu

UNE DÉPÊCHE MAL TRANSMISE

Français. Prenez donc vos toutes dispositions et concentrez vos troupes près de la frontière pour n'avoir aucun retard. »

Quelques jours après, il reçoit l'avis qu'il y aura deux armées autrichiennes : celle d'Italie, dont il a le commandement, et une autre armée plus nombreuse qui aura à agir sur le Rhin, sous le commandement de l'archiduc Albrecht et de l'Empereur lui-même. Le comte Giulay en conclut que l'armée d'Italie n'a plus qu'à jouer un rôle secondaire et que les ordres d'offensive«qu'il a reçus sont annulés. Aussi, dans cet état d'esprit, il écrit à Vienne : « Mes forces sont insuffisantes et il est trop tard pour attaquer l'armée sarde avant l'arrivée des Français. Je ne parviendrai pas à empêcher leur jonction. Je manœuvrerai et j'attendrai des renforts pour prendre l'offensive. »

Le jour où il écrivait ces lignes, on lui faisait savoir de Vienne que l'on renonçait à la campagne sur le Rhin si pompeusement annoncée d'abord : « Dans l'état actuel des choses, lui était-il dit, le théâtre des opérations en Italie est le plus important; dans quinze jours, un autre corps d'armée à effectif complet partira vous rejoindre. » Par suite dune mauvaise transmission, on lui remet ce texte : « Dans l'état des choses, le théâtre des opérations en Italie sera Vérone... » Il croit donc à l'approbation de son plan de retraite dans le quadrilatère qui a déjà si bien réussi à Radetzky en 1848-49. Pour comble de malheur, le 26 avril au soir, il reçoit l'ordre d'attendre quarante-huit heures avant de passer la frontière. C'est donc bien le retrait des premiers ordres d'offensive, et quand il passe la frontière il se heurte à des pantalons rouges qui occupent Casai.

Il n'y a plus de doute, la jonction des armées française et sarde est faite. Il n'a qu'à se tenir sur la défensive en tâtant ses adversaires pour tâcher de deviner leurs intentions.

Telle est la situation lorsque l'Empereur débarque à Gènes, le 12 mai à midi, par un radieux soleil.

L'armée autrichienne a laissé passer l'occasion de s'emparer de Turin et d'anéantir l'armée franco-sarde lorsqu'elle était éparpillée. Maintenant, les alliés ont l'ascendant moral et chaque rencontre sera une victoire qui s'appellera : Montebello, Palestro, Magenta, Solferino ou San-Martino.

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