‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 120 sur 255 · PREMIER CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

PREMIER CONSEIL DE GUERRE

indiquées par Jomini, pour adopter et exécuter en dernier lieu celle qu'il conseille. Nous verrons, dans l'exécution des mouvements, des contre-ordres perpétuels, quelquefois jusqu'à trois fois par jour. Et cependant, l'Empereur assurera le succès militaire. C'est qu'à la guerre c'est celui qui commet le moins de fautes qui a l'avantage et Napoléon, il faut le dire, fut meilleur général que ses adversaires.

A son arrivée à Gênes, il croit les forces des Autrichiens massées au nord, du côté de Verceil et Mortara. En conséquence, il se rallie à la première manœuvre indiquée, mais déconseillée, par Jomini : passer au sud du Pô et le franchir à Plaisance.

C'est ce qu'il expose aux généraux qu'il a réunis : « Après-demain, toute l'armée se mettra en mouvement; les trois corps débarqués à Gênes s'avanceront dans la direction de Plaisance ; les corps du maréchal Ganrobert et du général Niel venant des Alpes et l'armée du Roi suivront le mouvement. »

A cet avis, le maréchal Baraguay-d'Hilliers déclare que l'on n'est pas prêt. Son corps et celui du général de Mac-Mahon n'ont pas d'artillerie ; leurs avant-gardes ont été obligées d'emprunter à la division sarde du général Fanti ses deux batteries avec six obusiers du temps de la Révolution, remisés depuis cinquante ans. On n'a pas de chariots de parc. Le matin même, l'on a dû employer de vieux caissons retrouvés dans les arrière-magasins de l'arsenal. Les corps sous les ordres du maréchal Ganrobert n'ont pas de cartouches; le maréchal en réclame à Gênes, d'où on n'a pu lui en envoyer. L'Empereur tient-il à commencer la campagne dans une situation aussi critique?

— Oui, répond le souverain. Je veux signaler mon arrivée par l'ouverture de la campagne; on s'organisera en route.

Et, sur cet argument, l'Empereur lève la séance. Il appelle à lui le général de Mac-Mahon et le général Lebœuf; il les charge de reconnaître le cours du Pô et d'étudier le point où l'on pourrait le franchir, audessous du coude de Valenza.

En rentrant à son bureau, le général Lebœuf expose les idées de l'Empereur au capitaine Schneegans qui, dans l' état-major de l'artillerie, est chargé des ponts.

« Mais c'est impossible de franchir le Pô, répond le capitaine; nous n'avons pas d'équipages suffisants. » A cette apostrophe, le général Lebœuf empoigne le capitaine Schneegans par le bras et l'entraîne, comme s'il conduisait un malfaiteur au violon, jusqu'au cabinet de l'Empereur, à qui il le présente : « Voilà, sire, l'officier chargé des ponts. » Et l'Empereur l'interroge sur la possibilité du passage du Pô. Depuis le 5 mai, le capitaine Schneegans a étudié cette question et il répond à l'Empereur : « Ce sera toujours une opération difficile et hasardeuse; mais, pour le moment, elle est impossible. — Comment? interrompt l'Empereur. — Nous avons bien, sire, un équipage de ponts, mais il est trop court de moitié. Il faut faire venir les deux équipages qui sont à Strasbourg et le pont de chevalets Birago qui est à Lyon. »

L'Empereur parait étonné de ces explications et, de suite, il écrit lui-même une dépèche au ministre de In Guerre pour l'envoi des trois équipages. «Mais, ajoutct-il, il me faut un pont sur le Tanaro d'ici quarantehuit heures. — C'est encore impossible. L'équipage dont

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