‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 121 sur 255 · LA QUESTION DES PONTS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DES PONTS

je parlais à Votre Majesté est du côté de Suseetne sera pas à Alexandrie avant au moins cinq ou sixjours. Seulement, on m'a affirmé qu'il existait encore à Asti un vieil équipage sarde. Quel qu'il soit, on peut essayer de l'utiliser si on veut bien nous le prêter. — Oui, répond l'Empereur, voyez demain soir M. de Gavour avec un mot que je vous donnerai. » Et ce premier entretien sur la question si importante des ponts se termine ainsi. En sortant, le général Lebœuf, se mettant à rire et regardant le capitaine Schneegans : « Ah çà ! mon cher, vous en avez un aplomb!... Vous parlez à l'Empereur comme à un camarade, et encore ça a l'air de lui plaire!... »

Le capitaine partit, comme l'Empereur le lui avait dit, le lendemain pour Turin. A minuit, il était au ministère de l'Intérieur où il y avait conseil des ministres ; il attendit une demi-heure. Les ministres sortirent alors et il entra chez M. de Gavour qui, de suite, lui remit un ordre pour le commandant de la place d'Asti en lui disant : a Avez-vous besoin d'autres choses? — On peut toujours demander, se dit le capitaine. Oui, monsieur le ministre. Pourriez-vous faire réunir toute la batellerie du haut Pô à Valenza? — Oui, ce sera fait. » Les bateaux, réunis, descendirent le Pô à hauteur de l'armée et ils servirent à l'établissement du pont, sur lequel le corps du prince Napoléon passa le fleuve pour effectuer sa jonction avec l'armée après Solferino.

En rentrant à Alexandrie, le capitaine Schneegans raconta au général Lebœuf combien il avait été frappé de l'esprit de décision de M. de Gavour et de son amabilité. « Voilà au moins un administrateur qui

facilite les affaires au lieu de les embrouiller. »

A Gênes, après avoir discuté la question des ponts avec le général Lebœuf et le capitaine Schneegans, l'Empereur reçoit l'intendant en chef, M. Paris de la Bollardière, et lui parle de la situation précaire où se trouve l'armée. Depuis le départ des premières troupes, il est accablé de plaintes et il vient de constater qu'elles ne sont pas exagérées. Il lui lit la lettre qu'il écrit au ministre : « Nous avons envoyé en Italie une armée de 120,000 hommes avant d'y avoir réuni des approvisionnements : c'est le contraire de ce que l'on doit faire. Je vous conjure de faire des efforts inouïs pour faire cuire du biscuit dans toute la France, pour doubler le nombre des employés, pour envoyer mille infirmiers de plus... L'administration de la guerre a été bien coupable... Il y a des corps qui n'ont même pas de marmites. »

A chaque instant lui arrivent des détails sur l'incurie et le désordre qui président à l'organisation.

11 y a deux régiments de lanciers. Dans l'un, les hommes ont le schapska et la flamme aux lances; dans l'autre, ils ont le képi et la lance sans flamme. Les régiments venus d'Algérie sont en képi; ceux de France en shako. Mais, voilà bien autre chose : le 2e hussards arrive à Alexandrie ; ses cavaliers ont versé, en route, à Ghambéry, leurs mousquetons et, en échange, on leur a distribué des fusils d'infanterie sans bretelle. Ils ont passé le mont Genis les tenant à la main ou les maintenant avec des ficelles. Il faut leur retirer cette arme inutile et gênante et la remplacer par celle qui peut leur servir.

G est, du reste, un gâchis complet dans les magasins.

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